Canal Saint Martin description

Le canal Saint-Martin est un canal de 4,55 km de long situé essentiellement dans les 10e et 11e arrondissements de Paris. Il relie le bassin de la Villette — et au-delà le canal de l’Ourcq — au port de l’Arsenal (le port de plaisance de Paris) qui communique avec la Seine. C’est un canal de petit gabarit destiné, à l’origine, à l’adduction d’eau potable dans la capitale. Inauguré en 1825, il comporte neuf écluses et deux ponts tournants pour une dénivellation totale de 25 m. Avec le canal de l’Ourcq, le bassin de la Villette et le canal Saint-Denis, il constitue le réseau des canaux parisiens, long de 130 km, qui appartient à la Ville de Paris. Le canal Saint-Martin est inscrit monument historiquedepuis le .

Ce site est desservi par les stations de métro Bastille, Bréguet – Sabin, Richard-Lenoir, Oberkampf, République, Goncourt, Jacques Bonsergent, Gare de l’Est, Château-Landon, Colonel Fabien, Louis Blanc et Jaurès

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Description

L’entrée du canal est constituée par la double écluse de la Villette située place de la Bataille-de-Stalingrad, près de la rotonde de la Villette.

Dans sa partie à ciel ouvert, il est bordé par les quais de Valmy et de Jemmapes, au bord duquel se trouve l’hôtel du Nord, rendu célèbre par le film du même nom de Marcel Carné (1938). Pourtant, le film a été tourné aux studios de Billancourt où le décor du canal a été reconstitué par Alexandre Trauner.

Le bassin Louis-Blanc est supporté par un lit maçonné qui repose sur des pilotis. Quand on décida d’enterrer le canal, il fallut en abaisser le lit, le sous-sol étant gypseux à cet endroit. Il fallut donc couler des piliers de 16 m de profondeur, tous les 10 m environ. Mais l’eau a progressivement dissous le terrain et le canal repose désormais sur un vide.

Le canal Saint-Martin est ensuite couvert à partir du boulevard Jules-Ferry (voûte du Temple réalisée en 1907). Il passe ensuite sous le boulevard Richard-Lenoir (voûte Richard Lenoir4 construite entre 1860 et 1862), et enfin sous la place de la Bastille (voûte de la Bastille réalisée en 1862) pour s’ouvrir sur le port de l’Arsenal.

Les voûtes Richard Lenoir et du Temple sont percées d’oculi de ventilation. Ils permettent également l’éclairage naturel du tunnel.

Histoire

Canal Saint-Martin : vue de la voûte souterraine, 1862.

Sous l’Ancien Régime, les Parisiens ne bénéficient que d’un faible approvisionnement en eau potable et souvent de mauvaise qualité (pollution de la Bièvre, de la Seine), malgré l’existence d’aqueducs et de puits.

Napoléon Bonaparte, alors Premier consul, décide, en 1802, de remédier à cette situation afin d’éviter de nouvelles épidémies dues aux mauvaises conditions d’hygiène (dysenterie, choléra). Gaspard de Chabrol, le préfet de la ville de Paris, propose alors que l’on reprenne un projet de canalisation de l’Ourcq (prenant sa source à une centaine de kilomètres au nord-est de Paris) datant déjà du xvie siècle.

La création du canal Saint-Martin est décidée par la loi du 29 floréal an X, avec celle des canaux Saint-Denis et de l’Ourcq. La construction des canaux est retardée par la situation de la France entre 1809 et 1815. Puis Louis XVIIIrelance le projet en y confirmant l’ingénieur Pierre-Simon Girard. Il faut trouver des financements : le préfet Chabrol propose de recourir à des capitaux privés. En 1818, la Compagnie des Canaux de Paris se crée5. Elle remporte l’adjudication ouverte par la Ville de Paris en novembre 1821 pour la construction du canal Saint-Martin en concession privée, pour un montant de 5,4 millions de francs de l’époque. Aussitôt, une nouvelle compagnie, la Compagnie du canal Saint-Martin, est créée pour mener à bien le chantier. Le préfet de la Seine pose la première pierre le . Le nouveau canal est inauguré par Charles X le .

En 1860, Georges Eugène Haussmann, préfet de la Seine, inclut le canal Saint-Martin à ses projets de modernisation et d’extension de la ville. Le canal à l’air libre étant une coupure qui gêne la circulation terrestre entre le centre de Paris et les nouveaux arrondissements du nord-est. Le canal est alors recouvert en partie par des voûtes notamment boulevard Richard-Lenoir. La couverture permet de faciliter le déplacement des troupes et les charges de cavalerie dans ces quartiers populaires dont le pouvoir se méfiait. Afin de permettre la poursuite de la navigation sous les voûtes, le niveau du canal est abaissé de 5,5 m. Dès 1862, des remorqueurs à vapeur tirent les premières péniches passant sous ces voûtes. En 1908, le recouvrement est prolongé pour créer l’actuel boulevard Jules-Ferry2.

Entre 1858 et 1865, une forte sécheresse manque de paralyser la navigation sur les canaux. Le décret impérial du  autorise la Ville de Paris à puiser dans la Marne le volume d’eau nécessaire pour maintenir le débit du canal de l’Ourcq, qui alimente le Canal Saint-Martin. Les usines élévatoires de Villers-lès-Rigault et de Trilbardou sont construites à cet effet. Cette dernière permet de relever l’eau de 12 m pour combler la différence de niveau entre la Marne et le canal7.

En 1882, le bassin de la Villette était le 4e port français après Marseille, Le Havre et Bordeaux.

Le quai de Jemmapes vers 1905-1906, par Eugène Atget : un port actif.

Le canal connaît son âge d’or du xixe au milieu du xxe siècle, et la circulation y est intense : le canal Saint-Martin apporte non seulement de l’eau potable à la ville, mais aussi des marchandises, de l’approvisionnement (céréales) et des matériaux de construction jusque dans le cœur de Paris. Les deux principaux ports disponibles sur le tracé du canal intra-muros sont le port de l’Arsenal et le bassin de la Villette.

Jusque dans les années 1920, le halage se fait par traction humaine (plus économique que la traction animale) avant de décliner lors de l’apparition des péniches de grand gabarit.

La concurrence des autres modes de transport, routier et ferroviaire, met à mal le transport fluvial dès les années 1960, causant une chute du trafic sur les canaux parisiens et, par conséquent, une disparition des usines, entrepôts et ateliers, ainsi que de la population ouvrière longeant le canal.

Au début des années 1970, le canal faillit disparaître lorsque le Conseil de Paris voulut adopter un projet d’autoroute urbaine à quatre voies qui devait emprunter son tracé, dans le cadre du plan autoroutier pour Paris. Il en est d’ailleurs fait mention dans le film L’An 01. Ce projet fut vite abandonné.

Au tournant des années 2000, les quartiers situés au sud-ouest du canal, à proximité de la place de la République connaissent un processus de gentrification accéléré. Entre 1998 et 2012, le prix des loyers y a augmenté plus fortement que dans les arrondissements de l’Ouest parisien. La rue de Marseille voit s’installer des boutiques de luxe prestigieuses. Le processus s’est étendu à l’est du canal dans les années 2010 mais elles ont rapidement transformé leurs boutiques en version « stock », ou fermé.

Loisirs

Bateau promenade sur le canal Saint-Martin.

Le canal Saint-Martin sert essentiellement au transport de passagers pour des croisières touristiques et peu pour le transport de marchandises. Il est ouvert 363 jours par an. Ses berges sont également très prisées des Parisiens pour se promener et même pique-niquer. Dans le cadre de l’opération « Paris respire » organisée par la Mairie de Paris, les berges sont d’ailleurs fermées à la circulation tous les dimanches et jours fériés de 10 h à 20 h du premier dimanche du mois d’avril au dernier dimanche du mois de septembre (heure d’été) et de 10 h à 18 h du premier dimanche du mois d’octobre au dernier dimanche du mois de mars (heure d’hiver), ce qui favorise largement leur réappropriation par les piétons comme par les cyclistes.

Faune et flore des canaux parisiens

On recense 303 espèces végétales sur l’ensemble du territoire des canaux parisiens, soit une diversité assez faible vu l’étendue de ce territoire, dont une douzaine d’espèces rares : le brome faux-seigle, l’épinard sauvage, la chondrille à tige de jonc, la porcelle glabre, la menthe pouliot, la montie des fontaines, l’herbe-aux-chats, le pavot argémone, l’hydrocharis morène, le laiteron des marais, le rubanier émergé, ou encore le potamot noueux.

On y observe 90 espèces d’oiseaux en période de nidification, dont le héron cendré. L’espèce la plus répandue est le canard colvert.

Parmi les espèces protégées, on trouve des reptiles comme le lézard des murailles ou la couleuvre à collier et des amphibiens, tels que la grenouille verte et la grenouille rousse.

Le canal Saint-Martin dans la culture

Dans la peinture

Vue du canal Saint-Martin à Paris(Alfred Sisley, Paris  Musée d’Orsay, 1870).

  • Le canal a inspiré Alfred Sisley dans sa Vue du canal Saint-Martin à Paris.

Dans la musique

  • Les Fatals Picards ont écrit une chanson intitulée Canal Saint-Martin dans leur album « Le Sens de la gravité », sorti en mars en 2009.
  • Mano Solo évoque les mariniers du canal Saint-Martin dans sa chanson Chacun sa peine, sortie en 1993 sur l’album La Marmaille nue.
  • Édith Piaf évoque le canal Saint-Martin dans sa chanson Les Mômes de la cloche, une chanson de Vincent Scotto et Decaye, musique de Médinger, composée en 1936.
  • Michel Polnareff décrit l’action de sa chanson Avec Nini « Près du canal Saint Martin ». La chanson commence par ces mots.

Au cinéma / à la télévision

  • On peut y voir plusieurs scènes du Clan des Siciliens. Sur les quais du canal, Vittorio Manalese (Jean Gabin) y possède une salle de jeu qui lui sert de couverture.
  • Les fameuses scènes d’Arletty et Louis Jouvet dans Hôtel du Nord de Marcel Carné; film sorti en 1938, d’après le roman d’Eugène Dabit publié en 1929.

    Hôtel du Nord, en 2013.

  • Dans Les Malheurs d’Alfred (1972), Pierre Richard et Anny Duperey se rencontrent au début du film en tentant de se suicider dans le canal.
  • En 1980, Gérard Courant a réalisé un long métrage documentaire entièrement consacré au canal Saint-Martin, intitulé Vivre est une solution.
  • Le passage Soufflot (lieu imaginaire) menant au commissariat de la série télévisée PJ est situé en contrebas de l’écluse des Récollets, rue Bichat.
  • Des passages du Fabuleux Destin d’Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet en 2001.
  • 2005 : Canal, de Nicolas Droin et Prosper Hillairet.
  • 2006 : La science des rêves de Michel Gondry.
  • 2011 :
    • Pour les 25 ans du Téléthon, France Télévisions utilise un dispositif inédit et exceptionnel en diffusant plusieurs émissions depuis un bateau qui navigue le long du canal.
    • Dans le film Un jour, quand Emma Morley (Anne Hathaway) et Dexter Mayhew (Jim Sturgess) décident enfin de se mettre ensemble.
  • 2017 : Dans la série US The Affair (saison 3)

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