La tour Saint-Jacques description

La tour Saint-Jacques
La tour Saint-Jacques est une tour isolée, construite entre 1509 et 1523, dressée au milieu du premier square parisien, qui porte son nom, dans le 4e arrondissement de Paris.

Tout en reprenant certains éléments du style Louis XII contemporain, cet édifice montre à quel point l’architecture parisienne et notamment religieuse se montre réticente aux nouveautés amenées d’italie et reste comme à l’hôtel de Cluny, fidèle pour l’essentiel au style gothique flamboyant du xve s

Un style entre tradition et nouveautés

Si l’architecture générale de l’édifice reste fidèle pour l’essentiel au style gothique flamboyant du xve s, elle n’en reprend pas moins certaines nouveautés induites par le nouveau style Louis XIIqui triomphe alors en marquant une transition entre l’art gothique et la Première Renaissance.

Sous cette influence, les baies du clocher, donnant autrefois sur la chambre des cloches, ainsi que dans l’ensemble des niches, font montre d’une tendance bien marquée à se séparer de l’arc ogival pour se rapprocher du plein cintre tandis que triomphent les arcs en cloche, en accolade ou autres contre-courbes brisées bien caractéristiques de ce nouveau style.

Si à la différence du château de Blois ou de Chateaudun qui lui sont contemporains, aucun apport d’ornements proprement italiens ne vient enrichir encore le répertoire flamboyant, on s’achemine peu à peu vers un art plus mesuré et épuré rompant avec la surcharge décorative diluant les lignes de l’architecture que l’on pouvait observer une décennie plus tôt sur la Tour du Beurre de la cathédrale de Rouen.

Ce retour de la muralité marqué par l’utilisation d’un véritable quadrillage de la façade et une utilisation nouvelle de formes souples et arrondies annonce déjà les réalisations hybrides de l’église Saint-Eustache, qui achevée tardivement à la fin du xvie siècle en subissant de plein fouet les influences de l’art de la Renaissance, n’en restera pas moins gothiques par son architecture.

Histoire

Église Saint-Jacques-la-Boucherie sur le plan de Truschet et Hoyau (c.1550).

La tour Saint-Jacques est un ancien Clocher constituant le seul vestige de l’église Saint-Jacques-la-Boucherie, dédiée à saint Jacques le Majeur.

Ce véritable sanctuaire abritait une relique de saint Jacques et constituait un lieu de pèlerinage réputé ainsi que le lieu de culte des commerçants du quartier. Si le Guide du pèlerin ne mentionne pas la ville, la Chronique de Turpin affirme que l’église a été fondée par Charlemagne, ce qui lui a valu son inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en 1998 avec 70 autres bâtiments ou lieux en France. Cette Chronique qui forme un des Livres du Codex Calixtinus a été considérée comme authentique jusqu’à la fin du xviiie siècle . Mais la légende de la construction par Charlemagne est restée. Elle est le seul lien de cette tour avec Compostelle connu des études historiques. En revanche, un lien a été créé par l’Espagne en 1965 avec le don à la ville de Paris d’une plaque qui a fait de cette tour un point de départ historique des pèlerins de Compostelle.

Ce clocher-tour est construit entre 1509 et 1523 par Jean de Felin, Julien Ménart et Jean de Revier. Il mesure 54 mètres jusqu’à la balustrade. En 1523, Rault, « tailleur d’images » reçut 20 livres « pour avoir fait trois bêtes (trois des quatre symboles des Évangélistes) et un saint Jacques sur la tour et clocher ». Cette statue colossale mesurait, dit-on, 10 mètres de haut. L’église est détruite en 1793 (fermée à la Révolution et devenue bien national, elle sert de carrière de pierre) ; on dit que la tour ne fut pas démolie parce que Blaise Pascal y aurait renouvelé ses expériences du Puy de Dôme sur la pesanteur, mais d’autres sources indiquent l’église Saint-Jacques-du-Haut-Pas sur la montagne Sainte-Geneviève. Sa statue, installée à la base de la tour, le rappelle. Il est vrai que l’acheteur de l’église avait eu comme condition de ne pas démolir la tour. Il s’agissait à l’époque de l’un des monuments les plus hauts de Paris.

En 1824, un industriel achète la tour pour y installer une fonderie de plombs de chasse, la transformant en tour à plomb. Les cinquante mètres du clocher sont suffisants pour que les gouttes de plomb refroidissent et forment des billes à l’arrivée. En 1836, après deux incendies, la tour est rachetée par la Ville de Paris. En 1850, le Moniteur rapporte qu’on installe au sommet un « superbe phare qui sera illuminé par la lumière électrique qui doit éclairer tout le quartier ». En 1852 les travaux engagés à l’occasion du percement de la rue de Rivoli font décider de la restauration du « délicieux beffroi de Nicolas Flamel ». Les travaux sont colossaux, ordonnés par l’architecte Victor Baltard et dirigés par Théodore Vacquer et l’ingénieur Roussel. La tour est entièrement reprise depuis les fondations, les parties basses presque entièrement refaites, ainsi que plus de vingt statues. De 1854-1858 la restauration est confiée à l’architecte Théodore Ballu.