Louvre Paris description

Musée du Louvre
Le musée du Louvre, inauguré en 1793 sous l’appellation Muséum central des arts de la République dans le palais du Louvre, ancienne résidence royale située au centre de Paris, est aujourd’hui le plus grand musée d’art et d’antiquités au monde. Sa surface d’exposition est de 72 735 m.

Fin 2016, ses collections comprenaient 554 731 œuvres, dont 35 000 exposées et 264 486 œuvres graphiques. Celles-ci présentent l’art occidental du Moyen Âge à 1848, celui des civilisations antiques qui l’ont précédé et influencé (orientales, égyptienne, grecque, étrusque et romaine), les arts des premiers chrétiens et de l’Islam.

Situé dans le 1er arrondissement de Paris, sur la rive droite entre la Seine et la rue de Rivoli, le musée se signale par la pyramide de verre de son hall d’accueil, érigée en 1989 dans la cour Napoléon et qui en est devenue emblématique, tandis que la statue équestre de Louis XIV constitue le point de départ de l’axe historique parisien.

En 2017, avec environ 8,1 millions de visiteurs annuels, le Louvre est le musée le plus visité au monde. Il est le site culturel payant le plus visité de France. Parmi ses pièces les plus célèbres figurent La Joconde, la Vénus de Milo, Le Scribe accroupi, La Victoire de Samothrace et le Code de Hammurabi.

Le Louvre possède une longue histoire de conservation artistique et historique, depuis l’Ancien Régime jusqu’à nos jours. À la suite du départ de Louis XIV pour le château de Versailles à la fin du xviie siècle, on y entrepose une partie des collections royales de tableaux et de sculptures antiques. Après avoir durant un siècle hébergé plusieurs académies dont celle de peinture et de sculpture, ainsi que divers artistes logés par le roi, l’ancien palais royal est véritablement transformé sous la Révolution en « Muséum central des arts de la République ». Il ouvre en 1793 en exposant environ 660 œuvres, essentiellement issues des collections royales ou confisquées chez des nobles émigrés ou dans des églises. Par la suite les collections ne cesseront de s’enrichir par des prises de guerre, acquisitions, mécénats, legs, donations, et découvertes archéologiques.

Le musée compte pour sa gestion 2 091 employés (fonctionnaires, contractuels et vacataires), dont 1 232 agents de surveillance, un garde pour chacune des 403 salles d’exposition, que complètent les effectifs affectés aux 900 caméras du système de télésurveillance.

Variété des œuvres exposées

Musée universaliste, le Louvre couvre une chronologie et une aire géographique étendues, depuis l’Antiquité jusqu’à 1848 et de l’Europe occidentale jusqu’à l’Iran, via la Grèce, l’Égypte et le Proche-Orient. Il est constitué de huit départements qui, en incluant les dépôts dans d’autres musées (28 530 œuvres), comprennent 554 731 œuvres fin 2016. Le 4 octobre 2014 les collections comptaient 554 498 œuvres réparties en 8 départements : « Antiquités égyptiennes » (66 300), « Antiquités orientales » (137 628), « Antiquités grecques, étrusques et romaines » (68 362), « Arts de l’Islam » (15 311), « Peintures » (12 660), Sculptures (6 115), « Objets d’art » (23 405) et « Arts graphiques » (122 212) augmentés de la « collection Rothschild » (86 858) et de la section « Chalcographie » (14 647). Presque toutes les œuvres exposées, dont une partie des nouvelles acquisitions, sont consultables en ligne sur la base Atlas et en 2019 la totalité des collections devrait être intégrée sur la nouvelle base des collections en ligne MuseumPlus.

Les œuvres du musée sont de nature variée : peintures, sculptures, dessins, céramiques, objets archéologiques, objets d’art de divers matériaux, entre autres. Parmi les pièces les plus célèbres du musée se trouvent le Code de Hammurabi, la Vénus de Milo, La Joconde de Léonard de Vinci, La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix ou la Victoire de Samothrace restaurée en 2014.

À Paris, plusieurs musées nationaux sont complémentaires des collections du Louvre.


Le palais royal à l’ origine du Louvre

À l’origine du Louvre existait un château fort, construit par le roi Philippe Auguste en 1190, et qui occupait le quart sud-ouest de l’actuelle Cour Carrée. Le plan de la forteresse constituait un quadrilatère d’environ 70 à 80 mètres de côté, entouré de fossés, flanqué de tours et possédant deux entrées, au centre duquel se trouvait un puissant donjon, la grosse tour du Louvre, de laquelle dépendaient tous les fiefs de France. L’une de ses principales missions était la surveillance de la partie aval de la Seine, l’une des voies traditionnelles empruntées lors des invasions et razzias depuis l’époque des Vikings. Avec le transfert des biens de l’ordre du Temple à l’ordre de l’Hôpital, le Trésor royal précédemment conservé à la Maison du Temple de Paris est transporté en 1317 au Louvre. Charles V fait du château une résidence royale.

Devenue obsolète, la Grosse tour est détruite par François Ier en 1528. En 1546, le roi commence la transformation de la forteresse en résidence : il fait abattre la partie ouest de l’enceinte médiévale, qu’il fait remplacer par une aile de style Renaissance érigée par Pierre Lescot. Ces travaux se poursuivent sous le règne d’Henri II et de Charles IX : la partie sud de l’enceinte du « vieux Louvre » est à son tour démolie pour elle aussi laisser place à une aile Renaissance.

En 1594, Henri IV décide d’unir le palais du Louvre au palais des Tuileries construit par Catherine de Médicis : c’est le « Grand Dessein », dont la première étape est la Grande galerie qui joint le pavillon de Lesdiguières (nommé en l’honneur de François de Bonne, baron de Champsaur, dernier connétable de France et premier duc de Lesdiguières) au pavillon de La Trémoïlle (en l’honneur d’Henri de La Trémoille (1598-1674), mestre de camp de la cavalerie légère de France).

La Cour Carrée est édifiée par les architectes Lemercier puis Le Vau, sous le règne de Louis XIII et Louis XIV ; quadruplant la taille de l’ancienne cour de la Renaissance, elle a nécessité la démolition du reste de l’enceinte médiévale). La décoration et l’aménagement du palais sont alors dirigés par des peintres comme Poussin, Romanelli et Le Brun. Mais tout ceci est brutalement interrompu lorsque Louis XIV choisit Versailles comme centre du pouvoir et résidence royale en 1678. Le Louvre reste alors longtemps tel quel. Ce n’est qu’au xviiie siècle que de nouveaux projets, menés notamment par Gabriel et Soufflot, viennent continuer et achever le « Grand Dessein ». Un de ces nouveaux projets est celui de transformer le Louvre en musée. Il prend naissance sous Louis XV mais n’aboutira véritablement qu’avec la Révolution.
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Histoire du musée

Grande Piéta ronde
Philippe le Hardi,
Jean Malouel

Les débuts

La collection de la Couronne

Premières collections royales et princières

À partir de Charles V et de ses frères Louis d’Anjou, roi de Naples et de Sicile, Jean, duc de Berry et Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, va se développer un goût du luxe qui les conduisent à faire à de nombreux artistes des commandes de livres enluminés, d’étoffes et de pièces d’orfèvrerie.

Les œuvres ayant appartenu à ces princes ont pour la plupart été données à des institutions religieuses après leur mort. Elles ne sont entrées au musée du Louvre que par des achats de collectionneurs ou les saisies révolutionnaires.

Louis XII a acquis les premiers tableaux italiens de la collection de la Couronne. Léonard de Vinci lui a fait parvenir une Madone en 1507, qui a disparu. Il est peut-être le premier propriétaire de la Vierge aux Rochers. Le tableau de Fra Bartolomeo, Noli me tangere, est probablement celui que Domenico Perini a acheté en 1506 avec une Nativité, perdue, et qui ont été envoyés en France.

 

 

François Ier et le premier cabinet de tableaux, c’est-à-dire une collection de peintures de chevalet non liées à la décoration des demeures royales et pouvant être exposées indépendamment. Ayant réussi à faire venir Léonard de Vinci en France en 1516, le roi achète après la mort de ce dernier le 2 mai 1519 les tableaux que celui-ci possédait, à son exécuteur testamentaire Francesco Melzi :

Deux tableaux de l’artiste vont quitter la collection à des dates et pour des raisons inconnues. Le premier, La Vierge, l’Enfant Jésus et sainte Anne, est racheté par Richelieu et donné au roi ; le second, Saint Jean Baptiste, est racheté par Mazarin puis par Jabach qui le vend au roi en 1662. Des récits signalent un tableau représentant Léda qui a disparu, probablement détruit, ainsi que l’Enlèvement de Proserpine.

Grâce à des conseillers artistiques — Battista della Palla, Giovan Battista Puccini et Pietro Aretino —, le roi fait venir d’Italie d’autres artistes pour assurer la décoration de ses châteaux, en particulier le château de Fontainebleau où est créée la première école de Fontainebleau. C’est grâce à l’intervention de Puccini qu’Andrea del Sarto vient en France en 1518 où d’après Giorgio Vasari il réalise de nombreux tableaux, aujourd’hui disparus pour la plupart, avant son retour à Florence en 1520.

Le roi fait aussi acheter des tableaux. Connaissant son goût pour l’art italien, la papauté et les principautés italiennes lui offrent des œuvres d’art, comme les sculptures des esclaves de Michel-Ange offertes par le pape.

Les troubles religieux qui commencent à apparaître à la fin du règne du roi Henri II vont limiter les achats d’œuvres d’art. Cette période est surtout marquée par la construction de nouveaux châteaux et palais, comme le début de la transformation du château du Louvre en palais. L’essentiel des tableaux entrés dans la collection de la couronne sont des portraits de François Clouet et son école ou de Corneille de Lyon.

Henri IV et Marie de Médicis pendant la minorité de Louis XIII[modifier | modifier le code]

Il faut attendre la fin des guerres de religion avec Henri IV pour voir la reprise de l’achat de tableaux et le développement d’une seconde école de Fontainebleau. Le roi a fait construire la Grande galerie du palais du Louvre reliant la Petite galerie construite par Charles IX au palais des Tuileries construit par Catherine de Médicis et il prévoit d’y loger des artistes travaillant pour lui. Il nomme « garde des tableaux » le peintre Jean de Hoey, petit-fils de Lucas de Leyde, en 1608 pour « les peintures des vieux tableaux de Sa Majesté au château de Fontainebleau, tant pour rétablir ceux qui sont gastez, peints à l’huile sur bois ou sur toile, ensemble pour nettoyer les bordures des autres tableaux à fresque des chambres, salles, galeries, cabinets d’iceluy château ». À sa mort, en 1615, la charge passe à son fils Claude (1585-1660), puis à son petit-fils qui a suivi les tableaux de Fontainebleau quand ils ont été installés au palais du Louvre. Jacques de Hoey a été garde du cabinet des peintures du Louvre entre 1618 et 1623. On connaît les œuvres se trouvant au château de Fontainebleau par le témoignage de Cassiano dal Pozzo, en 1625, et le père Pierre Dan qui a écrit, en 1642, Trésors des merveilles de la maison royale de Fontainebleau.

La régence de Marie de Médicis a été l’occasion de faire réaliser les peintures de la galerie Médicis pour le palais du Luxembourg par Pierre Paul Rubens, premier peintre flamand à entrer dans la collection de la Couronne. Cette galerie a été inaugurée le 11 mai 1625 pour le mariage d’Henriette de France avec Charles Ier.

Louis XIII, Richelieu et Mazarin pendant la minorité de Louis XIV

Louis XIII n’a pas un intérêt particulier pour la peinture ou la sculpture. Il a fait venir Nicolas Poussin de Rome pour décorer la nouvelle aile du palais du Louvre en 1641. Mais sa mésentente avec Simon Vouet et Jacques Lemercier le fait revenir à Rome en 1642.

L’essentiel des œuvres d’art de cette période qui sont entrées dans la collection de la couronne l’ont été par l’intermédiaire des collections rassemblées par Richelieu et Mazarin. Une partie de la collection de Richelieu est acquise avec la donation du palais Cardinal et de tout ce qu’il contient au roi. Une autre partie entre au musée du Louvre au moment des confiscations révolutionnaires. Mazarin est un collectionneur passionné. Il va profiter de la vente de l’une des plus belles collections de tableaux, celle du roi Charles Ier, décidée par Cromwell pour envoyer le banquier Everhard Jabach en acheter des peintures qui étaient présentées dans la galerie Mazarine, construite par François Mansart, dépendant aujourd’hui du site Richelieu de la bibliothèque nationale de France. La galerie de peintures est alors gérée par son secrétaire, Jean-Baptiste Colbert.

Louis XIV

À partir de la prise de pouvoir par Louis XIV, en 1661, l’enrichissement de la collection de la couronne va devenir l’objet d’une attention particulière. L’achat d’une partie des œuvres d’art de la collection de Mazarin à ses héritiers a été un des premiers actes de Louis XIV. Mazarin est mort le 9 mars 1661. Sur ordre du roi, l’inventaire de ses biens-meubles est commencé le 31 mars 1661. Il est terminé le 22 juillet. L’inventaire donne 546 tableaux originaux : 283 de l’école italienne, 77 de l’école allemande et des Pays-Bas, 77 de l’école française et 109 de diverses écoles. Les experts pour la peinture ont estimé la collection pour 224 573 livres tournois. S’ajoutaient 92 tableaux, copies de maîtres, et 241 portraits de papes. La collection de Mazarin possédait aussi 130 sculptures. Louis XIV achète aussi les 196 bustes antiques et modernes. Les sculptures sont estimées 50 309 livres et les bustes 46 920 livres tournois. Bien que Mazarin ait acheté des tableaux au banquier Jabach quelques années auparavant, cette collection ne possédait pas de tableaux de d’Albane, Guerchin, Paul Véronèse, Claude Lorrain et Nicolas Poussin. Colbert va s’employer à combler ces manques.

Ainsi entrent dans sa collection le Balthazar Castiglione, le Saint Georges et le Saint Michel de Raphaël, la Vénus du Pardo de Titien, l’Allégorie des Vices et l’Antiope, le Mariage de sainte Catherine du Corrège, le Déluge d’Antoine Carrache et une Histoire de David de Hans Sebald Beham.

En 1665, la collection s’enrichit de tableaux achetés au duc de Richelieu : 13 tableaux de Nicolas Poussin, deux tableaux de Claude Lorrain, plusieurs autres, dont la Vierge au lapin du Titien. Cette vente aurait été la conséquence d’une partie perdue au jeu de paume par le duc contre le roi.

Il achète à Loménie de Brienne la Prise du Pas de Suze et le Siège de La Rochelle de Claude Lorrain.

En 1671 est créée, au sein des collections royales, une section particulière consacrée aux dessins. Cette section est l’ancêtre du département des Arts Graphiques du Louvre. Jabach décide de vendre sa collection. Il écrit le 10 mars 1671 à Gédéon Berbier du Mets(1626-1709), conseiller du roi, intendant et contrôleur général des meubles de la Couronne entre 1663 et 1711 : « Considérez, au nom de Dieu, que je me trouve entre le marteau et l’enclume et que j’ay affaire à des gens avec qui il n’y a aucun quartier ». Estimée par lui à 581 025 livres, il en avait demandé 450 000. Après de longues discussions, le 11 mars 1671, Colbert fait acheter pour le roi 5 542 dessins et 101 tableaux de la collection Jabach pour la somme de 220 000 livres. Jabach se plaint car ce n’est même pas le prix qu’il avait payé pour leur achat. Cependant le collectionneur Mariette fait remarquer en 1741 : « Monsieur Jabach dont le nom subsistera pendant longtemps avec honneur dans la curiosité, en vendant au Roi ses tableaux et ses dessins, s’étoit réservé une partie des desseins et ce n’étoient pas certainement les moins beaux ». La collection est installée dans l’hôtel de Gramont située à côté du Louvre, acheté en 1665 par le roi, le 4 janvier 1672, pour les « 2 631 desseins d’ordonnance collés et dorés », et le 27 mai 1676, pour les « 2 911 desseins non collés, estant le rebut de ma collection ». Dans les dessins d’ordonnance, il y a 69 pages provenant du Libro de’Disegni de Giorgio Vasari que Jabach a fait coller sur un carton en y ajoutant une bande dorée.

Il semble que les plus beaux tableaux de la collection Jabach avaient déjà été achetés : l’Homme au gant, la Mise au tombeau, les Pèlerins d’Emmaüs, l’Allégorie d’Alphonse d’AvalosLa Femme au miroir de Titien, le Repos de Sainte Famille de Gentileschi, le Concert champêtre de Giorgione, la Mort de la Vierge du Caravage, l’Allégorie des Vertus de Corrège, les Exploits d’Hercule de Guido Reni. En effet un document trouvé après décès dans les papiers de Jabach est une « copie de l’ordonnance sur M. de Bartillat de la somme de 330 000 l. pour paiement des tableaux, bustes et bronzes que led. Jabach avoit vendu à Sa Ma en date du 20 avril 1662 ».

Après la guerre de Dévolution pendant laquelle les combats se sont portés dans les Pays-Bas Espagnols, la peinture flamande n’est plus considérée comme un art inférieur à l’art italien. Ce goût va s’accroître dans la deuxième moitié du règne de Louis XIV. Le duc de Richelieu, après avoir vendu ses tableaux de Poussin au roi, achète plusieurs tableaux de Rubens. Vers 1680 va surgir une querelle du dessin et de la couleur. Les anciens défendent le dessin, de Raphaël à Poussin, et les modernes défendent la couleur et prônent le réalisme de la peinture flamande. Les premiers traitent la peinture de Rubens de vulgarité avec son « gros air flamand » et « ses dieux gras ». Les partisans de Rubens louent les beautés de la couleur, de la lumière.

Les collections royales vont alors s’enrichir d’œuvres flamandes. Le roi achète, en 1671, l’Autoportrait de Rembrandt âgé et la Vie des saints innocents de Rubens au marquis de La Feuille et, en 1685, la Kermesse de Rubens au marquis de Hauterive. En 1681, le Mercure galant mentionne 14 tableaux de Van Dyck entreposés au Louvre, dans la galerie construite par Louis Le Vau après l’incendie de 1661 en doublement de la Petite galerie à côté de la cour de la reine.

Dans les 101 tableaux de la collection Jabach il y en a une vingtaine de l’école flamande, Pierre Paul Rubens, Antoon van DyckPaul BrilJoos de MomperHendrik van Steenwijk II. Il y avait aussi des tableaux des écoles du Nord, en particulier des œuvres de Holbein : Érasme, l’Évêque WarhamNicolas KratzerSir Henry WyattAnne de Clèves.

En 1685, Gabriel Blanchard est envoyé aux Pays-Bas et en Angleterre pour acheter des tableaux des écoles nordiques au nom du roi. Les inventaires et les comptes ne permettent pas de savoir quelles toiles ont été acquises.

Aux tableaux achetés viennent s’ajouter ceux offerts comme cadeaux diplomatiques, comme le Repas chez Simon de Véronèse offert par la République de Venise, ou par des courtisans souhaitant entrer dans les bonnes grâces du souverain. André Le Nôtre offre trois tableaux de Poussin, deux de Claude Lorrain, et ses Albane. Le prince Pamfili charge Le Bernin d’apporter au roi la Chasse et la Pêche d’Annibale Carrache, la Vierge des saints Maurice, Étienne et Ambroise de Titien, la Diseuse de bonne aventure du Caravage, des Albane. Des prélats italiens lui offrent des tableaux, comme monseigneur Cordini avec la Bataille de Salvator Rosa. Le tableau Diane et Callisto de Paul Brill est offert en 1674 par le cardinal Fabrizio Spada, le Saint François en extase de Gerard Seghers est un cadeau de l’ambassadeur du roi de Danemark, en 1682.

La charge de « direction et garde générale du cabinet des tableaux et dessins de Sa Majesté » est d’abord confiée à Charles Le Brun par brevet du 1er juillet 1664. Le 5 décembre 1681, « le Roy honora Paris de sa présence et visita ses collections ». Avec Le Brun, en compagnie du Dauphin et de Monsieur, « Sa Majesté, après avoir veu les tableaux des sept grandes salles du vieux Louvre, alla voir ceux qui sont dans les quatre salles du vieil hôtel de Gramont » et il fait alors transporter la plupart des tableaux qui se trouvaient au Louvre à Versailles. Le Brun rédige un « Inventaire des tableaux du Cabinet du Roi », daté du 18 octobre 1683, qui mentionne 426 tableaux, dont 65 flamands.

À la mort du Premier peintre du roi, en 1690, le roi décide, au vu de l’importance de la pension annuelle de 12 000 livres qui lui était versée, de considérer que toutes les œuvres se trouvant dans son atelier ont été réalisées dans le cadre de sa fonction officielle et sont la propriété de la Couronne. Louvois fait aussi saisir et transporter à l’hôtel de Gramont les œuvres antérieures à son entrée au service du roi et les ouvrages qui lui ont été offerts malgré les Très humbles remontrances de sa veuve à Louvois. Louis XIV utilisera le même procédé pour les ateliers de Van der Meulen, en 1690, et de Mignard, en 1695.

La charge revient ensuite à Pierre Mignard et à la mort de ce dernier en 1695, elle est coupée en deux, une pour les objets des collections se trouvant au Louvre, l’autre pour les collections du palais de Versailles et des Maisons royales. Après le départ du roi pour Versailles, le Louvre n’est plus qu’un dépôt. C’est le peintre René-Antoine Houasse qui a la garde des tableaux du Louvre. À sa prise de fonction en 1690, il n’y a plus que 86 peintures au Louvre. Au cours du xviiie siècle, toutes les peintures vont quitter le Louvre où ne reste que le cabinet de dessin. Nommé à l’École de France à Rome, en 1699, il est remplacé par Gabriel Blanchard. À la mort de Blanchard, en 1704, Houasse demande à reprendre sa charge et la garde jusqu’à sa mort, en 1710. Dans l’inventaire des tableaux de la couronne fait par Nicolas Bailly, garde des tableaux de Versailles et des maisons royales, en 1709-1710, on compte 2 376 œuvres, comprenant 1 478 tableaux dont 369 des écoles italiennes, 179 des écoles du Nord, 930 de l’école française. Antoine Coypel succède à Houasse avec le titre de directeur des tableaux et dessins de la couronne.

En même temps que le cabinet du roi s’enrichit de nombreux tableaux, des achats de dessins continuent. Colbert comprit rapidement que la gravure pouvait être un moyen pour faire connaître à tous et pour conserver à la postérité les entreprises et les victoires du roi. Il fait prendre au roi, en 1660, alors qu’il était à Saint-Jean-de-Luz, un arrêt donnant aux graveurs un statut d’artistes indépendants de la maîtrise et des corps de métiers. En 1667, le roi accorde sa protection aux graveurs qui travaillent aux Gobelins. Colbert va entreprendre de faire graver des planches par André Félibien pour représenter les maisons royales, Daniel MarotRobert BonnartVan der Meulen et Israël Silvestre pour donner des vues des pays nouvellement conquis, Claude MellanGilles Rousselet et Girard Audrandoivent copier les tableaux et statues antiques appartenant au roi, et François Chauveau les ornements des Tuileries. Le coût de la gravure étant élevé, Colbert décide en 1679 de mettre dans le commerce des tirages. Cette opération fut vite rentable. L’ensemble des planches gravées du Cabinet du Roi ont été déposées à la Chalcographie du Louvre à la Révolution.

La réplique romaine de la Vénus Genitrix est exposée au palais des Tuileries en 1678. En 1685, le roi acquiert à Rome, par l’intermédiaire de Poussin, les antiques Hermès rattachant sa sandale et Statue de Marcellus. Elles viennent s’ajouter à Artémis à la biche, dite Diane de Versailles, donnée à Henri II par le pape Paul IV en 1556, à l’Amazone blessée acquise par Louis XIV, à la succession de Mazarin et à la Vénus d’Arles qu’il s’est fait offrir par les édiles provençaux en 1683.

Le roi, écrit Saint-Simon, « aima en tout la splendeur, la magnificence, la profusion » ; son goût personnel créé un nouveau style.

La création de l’Académie de peinture a fait naître un art officiel qui s’est progressivement séparé de celui des artistes les plus novateurs.

Si Louis XIV a aimé la peinture et a été un grand collectionneur par le nombre et la qualité, les tableaux ont d’abord été achetés pour décorer les châteaux royaux, et le plus grand de tous, le palais de Versailles où il a fait transporter, après 1681, les tableaux qui se trouvaient au Louvre, ce qu’ont montré les études de Arnauld Brejon de Lavergnée et d’Antoine Schnapper.

Ces châteaux sont meublés. André-Charles Boulle, ébéniste, doreur et sculpteur du roi entre 1672 et 1732, a mis au point un type de marqueterie caractéristique du style Louis XIV. En 1689, le roi a dû fondre son mobilier en argent pour financer la guerre de la Ligue d’Augsbourg. Après la mort de Charles Le Brun les arts décoratifs vont évoluer vers le style Régence.

Louis XIV a constitué une collection de nombreux vases en pierres dures ou gemmes et de bronzes. Il a enrichi la collection des joyaux de la Couronne. Les gemmes et les joyaux rescapés sont exposés aujourd’hui dans la galerie d’Apollon.

 

Louis XV

Louis XV augmente peu les collections royales. En 1717, le Régent fait retenir le portrait de Jean II le Bon, le plus ancien tableau représentant un personnage de profil, pour la bibliothèque du roi. Il est entré dans les collections du Louvre en 1925. En 1757, il fait transporter au Louvre le Portrait de Charles VII qui se trouvait à la Sainte-Chapelle de Bourges.

Il a acquis des œuvres en 1742 à la succession de Victor-Amédée Ier de Savoie-Carignan, prince de Carignan : le Tournoi, la Fuite de Loth de Rubens, l’Ange Raphaël quittant Tobie de Rembrandt, la Vierge au voile de Raphaël, la Vierge au coussin vert de Solario, des peintures du xvie siècle.

En 1704, Pierre Crozat installe sa collection de 19 000 dessins et 400 tableaux dans son hôtel de la rue de Richelieu. Le goût a changé. Les grandes peintures de l’école de Charles Le Brun ne conviennent plus pour la décoration des hôtels particuliers. La bourgeoisie se tourne vers des tableaux plus petits pour les petits appartements décorés de boiseries claires. À la pompe du Grand Siècle, on préfère les sujets galants, les petits maîtres hollandais ou flamands. Les Hollandais ont créé le marché de l’art. Des marchands comme Edmé-François Gersaint sont allés étudier le système de vente aux enchères des œuvres d’art en Hollande. Paris et Amsterdam sont les deux plus grands marchés de tableaux d’Europe.

Les dépenses des guerres vont empêcher l’achat de la moindre toile de la collection de Pierre Crozat et de la collection du comte de Thiers. Elles vont augmenter la collection de l’impératrice de Russie Catherine II, ce que déplore l’expert Rémy dans la vente de la collection Tallard, en 1756. L’impératrice Catherine II a pour démarcheur à Paris Denis Diderot. Le baron Stroganoff y a acheté des tableaux qui ont enrichi la collection d’œuvres d’art qui se trouvaient dans le palais Stroganov.

Louis XVI

Louis XVI reprend les achats de tableaux pour les collections royales.

Après 1775, le comte d’Angivillier, nommé directeur des Bâtiments en 1774, entreprend d’acheter des tableaux pour la collection de la Couronne afin d’en combler les lacunes pour pouvoir montrer au public l’ensemble le plus complet possible des écoles de peinture. Il achète, dès 1775, à madame du Barry, le tableau Portrait de Charles Ier de van Dyck. Le principal fournisseur de tableaux est Jean-Baptiste Pierre Le Brun (1748-1813), le mari de madame Vigée-Lebrun. Il va procurer au roi deux tableaux de Jordaens, Le roi boit et Les Jeunes piaillent comme chantent les Vieux…. En 1782, il vend au roi le tableau de Murillo, Le Jeune Mendiant. Louis XVI a acheté plusieurs tableaux de Murillo, La Sainte Famille (dit La Vierge de Séville), La Prière au jardin des Oliviers et Le Christ à la colonne et saint Pierre. D’Angivillier va profiter de la suppression des établissements des Jésuites aux Pays-Bas autrichiens pour acheter des tableaux alors proposés à la vente. L’achat par un certain Bosschaert du tableau L’Adoration des Mages de Rubens aux religieuses Annonciades va nécessiter l’intervention de l’ambassadeur de France à Bruxelles pour obtenir l’autorisation de son exportation. Il a acheté en 1784 au comte de Vaudreuil quatre tableaux de l’école flamande : Rubens, Portrait d’Hélène Fourment et de ses enfants ; Jordaens, Quatre Évangélistes ; van Dyck, Portrait de Jean Richardot et de son fils ; et David Teniers le Jeune, L’archiduc Léopold à la chasse au héron. Il fait aussi entrer des peintures de maîtres français que le goût académique avait méprisés : Le Nain, La Forge ; Philippe de Champaigne, La Cène ; Le Sueur, La Vie de saint Bruno, achetée aux chartreux en 1776, ainsi que la Chambre des muses et le Cabinet de l’amour qui se trouvaient à l’hôtel Lambert.

Le goût en art dépend de son époque et de ses orientations sociales. La critique d’art peut varier, sur une œuvre ou sur un peintre, des épithètes les plus élogieuses aux critiques les plus malsonnantes. On avait reproché à Louis XV son indifférence au bien public. Sous Louis XVI l’administration chargée des Beaux-Arts se préoccupa de l’éducation vertueuse du peuple. Monsieur Hautecœur fit remarquer que le comte d’Angivillier « montrait à l’égard de la vertu un zèle d’autant méritoire qu’il ne lui devait point ses hautes fonctions ». Il acheta des tableaux de Greuze, de Vernet, de Vien pour « ranimer les vertus et les sentiments patriotiques ». Jacques-Louis David reçut en 1784 la commande du roi pour le Serment des Horaces.

 

Le goût revint aux peintres italiens du Seicento, Guido Reni, Procaccini, Giuseppe Maria Crespi, Domenico Fetti

Le comte d’Angivillier a aussi mis en place une politique de restauration des objets d’art. Il a fait refaire les cadres des tableaux sur lesquels sont indiqués le nom du peintre et leur sujet. Alexandre Lenoir lui rendit justice : « D’Angivillier leur avait fait faire des cadres qui sans ajouter à leur valeur, leur donnaient de l’éclat ».

On n’oublie pas d’acheter des dessins pour enrichir le Cabinet du Roi. À la vente de la collection Mariette comprenant quelque 10 000 feuilles25 le roi n’en a pas acheté la totalité, mais sur les instances de Charles-Nicolas Cochin, garde des dessins du Cabinet, il en choisit 1 266 pièces pour la somme de 52 000 livres.

Premiers projets de musée[modifier | modifier le code]

C’est sous le règne de Louis XIV que naît l’idée de faire du palais du Louvre un dépôt d’œuvres d’art appartenant à la couronne. Malgré le départ du roi pour le palais de Versailles, en 1681, quatre cents peintures continuent à être conservées au palais du Louvre, dans le salon du Dôme et dans la galerie d’Apollon et les Antiques avec les moulages envoyés par les pensionnaires de l’Académie de France à Rome sont déposés dans la salle des Cariatides. Bien que propriété du roi, les collections étaient visibles aux amateurs et artistes qui en faisaient la demande.

En 1746, Étienne La Font de Saint-Yenne se plaint de l’impossibilité de voir les tableaux de la collection du roi. En 1747, dans les Réflexions sur quelques causes de l’État présent de la peinture en France avec un examen des principaux ouvrages exposés au Louvre, ce mois d’août 1746 parues en 1747, il demande la création d’un musée accessible par tous. Ces protestations vont entraîner le transport de tableaux du dépôt de la Surintendance des bâtiments, à Versailles, au palais du Luxembourg, en 1750.

Le marquis de Marigny,
Alexandre Roslin.
 

Tout commence par une exposition provisoire des plus beaux tableaux de la collection royale, qui se tient dans la galerie royale de peinture installée au palais du Luxembourg de 1750 à 1779 et qui connaît un grand succès. Le marquis de Marigny demanda à Jacques Bailly (vers 1700-18 novembre 1768), peintre et garde des tableaux du roi à Versailles (fils de Nicolas Bailly (3 mai 1659-13 novembre 1736) et père de Jean Sylvain Bailly, tous les deux gardes des tableaux de la Couronne), d’aménager l’appartement de la reine d’Espagne au palais du Luxembourg pour y exposer par roulement 110 tableaux et des dessins. Ce musée est ouvert le 14 octobre 175026. La galerie est visitable le mercredi et le samedi de chaque semaine, le matin depuis le mois d’octobre jusqu’au mois d’avril et l’après-midi le reste de l’année. La galerie Médicis est ouverte aux mêmes horaires. En 1778, le palais du Luxembourg est donné en apanage au comte de Provence. L’exposition est fermée en 1779. Les tableaux sont renvoyés en dépôt à la Surintendance des bâtiments, à Versailles, où Louis-Jacques Durameau, peintre ordinaire du roi, en fait l’inventaire en 1784.

En 1765, dans le tome IX de l’Encyclopédie dirigée par Denis Diderot et D’Alembert, à l’article Le Louvre, après avoir regretté l’inachèvement des bâtiments, il dresse un programme pour un futur musée :

« L’achevement de ce majestueux édifice, exécuté dans la plus grande magnificence, reste toujours à désirer. On souhaiterait, par exemple, que tous les rez-de-chaussées de ce bâtiment fussent nettoyés & rétablis en portiques. Ils serviraient ces portiques, à ranger les plus belles statues du royaume, à rassembler ces sortes d’ouvrages précieux, épars dans les jardins où on ne se promène plus, & où l’air, le tems & les saisons, les perdent & les ruinent. Dans la partie située au midi, on pourroit placer tous les tableaux du roi, qui sont présentement entassés & confondus ensemble dans des gardes-meubles où personne n’en jouit. On mettrait au nord la galerie des plans, s’il ne s’y trouvait aucun obstacle. On transporteroait aussi dans d’autres endroits de ce palais, les cabinets d’Histoire naturelle, & celui des médailles. »

Le comte d’Angiviller,
Jean-Baptiste Greuze
 

Le marquis de Marigny, directeur général des Bâtiments du Roi, et son successeur, en 1775, le comte d’Angiviller élaborent alors le projet de faire du Louvre un musée permanent. Préfigurant dès 1776 cette ouverture et sur les conseils de Jean-Baptiste Marie Pierre, directeur de l’Académie royale de peinture et de sculpture, d’Angiviller s’efforce de renouveler la peinture d’histoire par plusieurs commandes de séries et vastes compositions exaltant les gloires nationales depuis le Moyen Âge, sur des sujets « propres à ranimer la vertu et les sentiments patriotiques » précurseurs du romantisme, confiées à de jeunes artistes tels que La mort de Du Guesclin [archive] de Nicolas Brenet de 1777 ou Henri IV faisant entrer des vivres dans Paris [archive] par Vincent de 1783, Musée du Louvre. De même, entre 1776 et 1787, il commanda une importante série de sculptures de grande taille représentant les grands hommes de la France, qui firent travailler les principaux sculpteurs du temps : Jean-Antoine Houdon, Augustin Pajou, Louis-Simon Boizot, Jean Joseph Foucou ou Félix Lecomte. En 1780, au moment de la fermeture de la galerie du palais du Luxembourg, le comte d’Angiviller envisage de regrouper dans la Grande galerie au Louvre des objets d’art de la collection de la Couronne.

En 1777, la collection des plans-reliefs des forteresses du royaume qui était présentée dans la Grande galerie depuis 1697 avait été enlevée. Les tableaux qui se trouvaient au palais du Luxembourg y sont mis en dépôt en 1780. Jacques-Germain Soufflot fait les plans d’un nouvel escalier pour accéder à la Grande galerie construit par Maximilien Brébion à partir de 1781. Il propose un éclairage zénithal. Jean Sylvain Bailly qui avait remplacé en 1754 son père comme garde des tableaux de la Couronne, astronome et non peintre, dut abandonner son poste en 1783 au profit du premier peintre du roi, Jean-Baptiste Marie Pierre. Hubert Robert, un des peintres du roi, est alors désigné pour prendre en charge le projet de Musoeum dans la Grande galerie du Louvre. En 1785, des tableaux commencent à arriver de Versailles pour être déposés au Louvre comme le montre le catalogue qui est dressé29.

Depuis 1725 l’Académie de peinture présente les tableaux de ses membres dans la grande salle du Louvre appelée Salon carré et qui a laissé son nom à l’exposition. Le Salon devient bisannuel en 1751. Le problème posé par la Grande galerie est celui de son éclairage. L’éclairage zénithal est jugé le meilleur, aussi, pour faire un essai, il est réalisé en 1789 dans le Salon Carré.

Alors que les collections de la Couronne avaient été peu enrichies pendant le règne de Louis XV, le règne de Louis XVI va être une des périodes les plus fécondes dans l’accroissement des collections. Pour permettre l’instruction du public, le comte d’Angiviller va acheter avec discernement des tableaux de toutes les écoles pour compenser les écoles peu représentées dans les collections de la Couronne. Les tableaux ont été achetés auprès des particuliers, des marchands et surtout dans les ventes publiques.

En 1787, les Parisiens attendent l’ouverture du Museum comme le montre le Guide des amateurs et étrangers à Paris de l’abbé Thierry : « Cette galerie est destinée à faire un musée dans lequel seront placés les tableaux appartenant au roi qui se trouvent exposés également dans les magasins du Louvre et à l’hôtel de la surintendance de Versailles. Puissions-nous voir l’exécution d’un si glorieux projet, bien fait pour immortaliser celui qui l’a conçu : Monsieur le comte de La Billarderie d’Angiviller ».

Muséum central des arts de la République

Article connexe : Liste des œuvres exposées au Louvre en 1793.

Le projet se transforme en loi le , et l’inauguration prévue initialement le  a lieu finalement le , le musée prenant le nom de Muséum central des arts de la République. Il ne comprend à son ouverture que la Grande galerie le long de la Seine où sont exposées les collections du roi, propriétés de la nation après l’abolition de la monarchie un an plus tôt, et les œuvres saisies chez les émigrés ou dans les églises.

La Vierge du chancelier Rolin,
Jan Van Eyck 
Saisi dans la collégiale Notre-Dame du Châtel d’Autun en 1793, déposé au musée du Louvre en 1800.

 

La loi du 2 novembre 1789, prise à l’initiative de Mirabeau, avait déclaré que « le clergé n’est pas propriétaire à l’instar des autres propriétaires, puisque les biens dont il jouit et dont il ne peut disposer, ont été donnés non pour l’intérêt des personnes, mais pour le service des fonctions ». Les biens ecclésiastiques sont déclarés biens nationaux et remis aux administrations du département et du district. D’abord destinés à combler les déficits publics, on va rapidement se poser la question, à partir d’octobre 1790, de savoir si les œuvres d’art entrées en possession de la nation ne doivent être considérées que comme des marchandises. L’idée que l’État doit être un conservateur de ces œuvres au nom de l’histoire ou de l’instruction des générations s’impose. Le 13 octobre 1790, Talleyrand fait voter un décret par l’Assemblée pour que les départements inventorient et conservent ces ouvrages. En novembre 1790 est créé la Commission des monuments composée d’artistes et d’érudits qui envoie, entre décembre 1790 et juillet 1791, les quatre premières instructions qui codifient les règles de l’inventaire et de la conservation des ouvrages à protéger.

Dans un opuscule Projet tendant à conserver les arts en France, en immortalisant les évènements patriotiques et les citoyens illustres, publié le 15 janvier 1791 par Hendrik Jansen, traducteur hollandais de l’Histoire de l’art dans l’Antiquité de Winckelmann, il reprend ses propos faisant de la liberté une des principales causes de la prééminence des Grecs en art. Dans un discours prononcé devant le Conseil du département de Paris, le 15 décembre 1791, Armand de Kersaint suggère l’achèvement du palais du Louvre et la création du Musée : « Que Paris devienne l’Athènes moderne, et que la capitale des abus, peuplée d’une race d’hommes régénérés par la liberté, devienne par vos soins la capitale des arts ».

En mai 1791, le député Bertrand Barère demande que « la galerie du Louvre… devienne un Muséum célèbre, et qu’on y déploie les nombreux tableaux de Rubens et d’autres peintres illustres ». Le 26 mai 1791, l’Assemblée décrète : « Le Louvre et les Tuileries réunis seront le palais national destiné à l’habitation du roi et à la réunion de tous les monuments des sciences et des arts et aux principaux établissements de l’instruction publique ». La même année Quatremère de Quincy publie Considérations sur les arts du dessin en France, suivies d’un plan d’Académie, ou d’école publique et d’un système d’encouragements33 écrit que la forme la plus favorable au développement des arts est la « forme populaire ou démocratique » et remarque « je m’aperçois que, sans y penser, j’ai presque tracé l’image de la Grèce ».

Des trésors d’églises disparaissent. Les objets qui restent du trésor de la Sainte-Chapelle et du trésor de Saint-Denis sont récupérés en 1791 pour être déposés au cabinet des médailles de la Bibliothèque du Roi. Ils sont remis en 1793 au nouveau Muséum national.

Le Parnasse,
Andrea Mantegna
Studiolo d’Isabelle d’Este
Saisi dans le château de Richelieu en 1792.
 

La loi du 8 avril 1792 déclare que les biens des émigrés sont confisqués. Ils viennent s’ajouter aux biens de la Couronne et à ceux de l’Église.

L’insurrection du 10 août 1792 entraîne la destruction d’œuvres liées à l’ancienne monarchie. Un décret du 11 août institue une commission « pour la recherche des tableaux, statues et autres objets précieux, dépendant du mobilier de la couronne ». Par ailleurs, la commission doit, sous l’autorité du ministre de l’Intérieur, « proposer les travaux relatifs à l’établissement et à la conservation du Muséum, de veiller à l’exécution de ces travaux, de diriger l’emplacement des objets ». Le 14 août 1792, l’Assemblée vote un décret déclarant « que les principes sacrés de la liberté et de l’égalité ne permettent point de laisser plus longtemps sous les yeux du peuple français les monuments élevés à l’orgueil, au préjugé et à la tyrannie ». Tous les biens de la monarchie doivent être détruits, mais le 22 août, à l’initiative du député Cambon, la cause de la conservation des œuvres d’art est défendue en prévoyant de mettre ce « patrimoine de la Nation » dans des musées pour les sauver en les mettant à l’abri.

L’Assemblée nationale constate qu’il importe de conserver aux beaux-arts et à l’instruction publique les chefs-d’œuvre épars sur la surface de l’Empire et qu’il y a urgence. Elle décrète le 16 septembre 1792 que la commission nommée en vertu du décret du 11 août 1792 est réunie à la Commission des monuments. Le ministre de l’Intérieur Roland fait voter le 19 septembre 1792 un décret « ordonnant le transport dans le dépôt du Louvre des tableaux et autres monuments relatifs aux beaux-arts se trouvant dans les maisons royales ». Le 3 novembre il demande aux départements de reprendre le travail d’inventaire et de conservation. Le même jour, la ville de Versailles dépose une pétition à la Convention nationale demandant qu’on ramène à Versailles les tableaux des écoles anciennes qui y ont été enlevés et ceux se trouvant au palais du Luxembourg. Le 1er octobre il met en place la commission du muséum, formée d’artistes et d’un mathématicien, pour préparer l’aménagement du Muséum. Elle propose une ouverture le 10 août 1793 pour fêter la chute de la royauté.

Pour satisfaire la municipalité de Versailles, le décret du 24 novembre 1793 crée au château un « musée spécial de l’École française ». On y laisse les tableaux qui sont jugés peu dignes d’être présentés à côté des tableaux de maîtres du Muséum et les œuvres présentées pour la réception des académiciens. Ce musée va être progressivement dépouillé de ses tableaux pour meubler les résidences officielles à partir de 1800.

Si on décida très rapidement de mettre à l’abri, d’abord au garde-meuble de la Couronne, puis au Muséum, les bronzes, les pierres dures et les joyaux de la Couronne, par contre, le mobilier des appartements royaux est mis en vente. Pour le seul château de Versailles, les enchères ont duré du 25 août 1793 au 11 août 1794. Le mobilier royal s’est retrouvé dispersé dans les collections du monde entier. Les nécessités financières ont conduit à brûler à la Monnaie les tapisseries tissées de fils d’or et d’argent pour en récupérer le métal.

Ce premier musée était essentiellement consacré à la peinture même si quelques sculptures anciennes avaient été placées sur des tables, « dépouilles précieuses de nos tyrans ou autres ennemis de la patrie ». Mais la galerie doit être fermée pour faire des réparations urgentes pour n’être rouverte que le 8 novembre 1793 dans les premières travées orientales de la Grande galerie, cinq jours par décade pour les copistes, trois pour le public et deux pour le nettoyage. Le musée est ouvert tous les jours pour le public en 1794. La galerie doit être fermée de nouveau le 26 avril 1796 pour permettre des travaux réalisés par l’architecte Jean-Arnaud Raymond. Une première partie n’est rouverte que le 7 avril 1799, et la totalité le 14 juillet 1801.

Le Muséum a d’abord été créé comme lieu de formation pour les artistes de l’époque, ils étaient les seuls, jusqu’en 1855, à pouvoir y entrer en semaine, le public n’y est admis, gratuitement, que le dimanche37. À son ouverture, le musée étant d’abord destiné aux artistes, les tableaux n’étaient pas exposées par école ou par date, mais de façon à donner une harmonie générale à la présentation, pour donner du plaisir aux visiteurs et à les aider dans leurs créations. Le « Catalogue des objets contenus dans la Galerie du Museum français décrété par la Convention nationale le 27 juillet 1793 l’an second de la République française » liste les 537 tableaux exposés et donne la justification suivante :

« …plusieurs raisons trop longues à déduire ont empêché qu’on ne classât les tableaux par écoles… On n’offre, pour l’instant, qu’une disposition provisoire ; lorsqu’on sera en possession de la totalité qui doit former le Museum, lorsque le projet d’éclairer cet immense vaisseau par le sommet sera réalisé … alors les discussions des artistes, des savants, des amateurs auront répandu une masse de lumière suffisante pour arrêter définitivement le mode d’arrangement qui réunira le plus d’avantages… »

La Grande galerie n’était éclairée que par les grandes fenêtres côté Seine et n’offrait pas le meilleur jour pour voir les tableaux. Tous les artistes s’accordent pour demander un éclairage zénithal à Hubert Robert, qui avait été nommé garde des tableaux du roi en 1784 et chargé d’étudier l’aménagement de la Grande galerie entre 1784 et 1792, puis à nouveau entre 1795 et 1802. Il est membre du conservatoire et a donné des images de cette Grande galerie.

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