Sacré-Coeur description et chrétienté

Basilique du Sacrée Coeur
Située au sommet de la Butte Montmartre, dans le 18e arrondissement de Paris, la Basilique du Sacrée Coeur est un édifice religieux majeur à Paris. Historiquement, la Colline de Montmartre a toujours abriter un lieu de culte.

Le Sacrée Coeur est le 2ème monument le plus visité de France après la cathédrale Notre-Dame de Paris.
Horaires d’ouverture et prix d’entrée :
Le site est ouvert tous les jours de 6h à 22h30.
Monument gratuit : accès libre.
Visite gratuite
Adresse : 35 Rue du Chevalier de la Barre, 75018 Paris  Accès : Par le Parvis de la Basilique de 6h à 22h30 et par l’arrière du Sacrée Coeur la nuit : 35 Rue du Chevalier de la Barre, 75018 Paris à proximité du métro Anvers (ligne 2), Ablesses (ligne 12), le funiculaire de Montmartre permet d’accéder au sommet de la Butte sans effort…
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Historique du projet 

L’église Saint-Pierre à gauche du Sacré-Cœur.

Montmartre, colline sacrée 

Article détaillé : Continuité des religions européennes antiques.

Depuis longtemps la colline de Montmartre a été un lieu de culte : paganisme gaulois supposé puis temples gallo-romains dédiés à Mercure et probablement à Mars ; culte chrétien après le martyre de l’évêque Denis au iiie siècle, chapelle surmontant la crypte du martyrium de saint Denis, construction au xiie siècle de l’église Saint-Pierre, parmi les plus anciennes de Paris, pour l’abbaye royale de Montmartre par le roi Louis VI et sa femme Adélaïde de Savoie. Le nom de la colline de Montmartre vient probablement du nom du lieu, Mons Martis (mont de Mars). L’église de Montmartre qui s’est substituée aux temples romains a été élevée en l’honneur des saints martyrs saint Denis, Rustique et Éleuthèredécapités selon la légende sur la colline et dont une chapelle, située sur le flanc sud de la butte, devait commémorer le lieu traditionnel du supplice, en prenant le nom de Saint-Martyre. Le mont de Mars a donc pu être réinterprété vers le ixe siècle en Mont des Martyrs (Mons Martyrum), puis par dérivation populaire en « mont de martre », martre signifiant « martyr » en ancien français. La substitution toponymique du mont païen par le mont chrétien reste cependant hypothétique et la double étymologie (mont de Mars et mont des Martyrs) est encore actuellement traditionnellement proposée. Il faudrait, « pour pouvoir trancher la question, savoir comment le peuple, dans son langage parlé, appelait cette colline avant le ixe siècle, puisque c’est à cette époque que les documents écrits enregistrèrent le changement de nom ».

Le vœu national de 1870-1871 

Le Sacré-Cœur vu depuis le sommet de la tour Saint-Jacques.

Dans une lettre adressée aux curés de son évêché nantais le 4 septembre 1870, jour de la déclaration de la troisième république, Mgr Félix Fournier attribue la défaite de la France dans la guerre franco-prussienne de 1870 à une punition divine après un siècle de déchéance morale depuis la révolution de 17897.

Cette lettre a pu inspirer un vœu prononcé en décembre de la même année par le philanthrope Alexandre Legentil devant son confesseur le père Gustave Argand, dans la chapelle du collège Saint-Joseph de Poitiers dont ce dernier était le recteur. Une urne sur une colonne au fond de la chapelle des morts de la crypte rappelait que ce vœu était à l’origine de la construction de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre.

Alexandre Legentil rédige en janvier 1871 ce vœu personnel :

« En présence des malheurs qui désolent la France et des malheurs plus grands peut-être qui la menacent encore. En présence des attentats sacrilèges commis à Rome contre les droits de l’Église et du Saint-Siège, et contre la personne sacrée du Vicaire de Jésus-Christ nous nous humilions devant Dieu et réunissant dans notre amour l’Église et notre Patrie, nous reconnaissons que nous avons été coupables et justement châtiés. Et pour faire amende honorable de nos péchés et obtenir de l’infinie miséricorde du Sacré-Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ le pardon de nos fautes ainsi que les secours extraordinaires, qui peuvent seuls délivrer le Souverain pontife de sa captivité et faire cesser les malheurs de la France. Nous promettons de contribuer à l’érection à Paris d’un sanctuaire dédié au Sacré-Cœur de Jésus »

La forte personnalité d’Alexandre Legentil dans le paysage catholique parisien et ses nombreuses relations permettent au projet d’acquérir une dimension nationale. Avec son beau-frère Hubert Rohault de Fleury, peintre et autre notable parisien, il entame les démarches qui doivent aboutir à la réalisation de la basilique du Sacré-Cœur plusieurs décennies plus tard.

Selon l’historien Miguel Rodriguez, le concept de vœu est fondamental, en tant que « promesse faite à Dieu ». De la relation spirituelle des mystiques avec Dieu au « vœu national », en passant par la fondation d’ordres se réclamant du Sacré-Cœur, l’histoire de la dévotion montre que le vœu assumé, vis-à-vis de cette figure, peut être, aussi bien un comportement individuel qu’une manifestation de foi collective : il va associer au xixe siècle un engagement religieux et des pratiques laïques. Il est pour lui une continuité totale avec le vœu de Louis XIII, de Marguerite-Marie Alacoque au roi Louis XIV et de celui de Louis XVI dans la prison du temple.

Le vote de l’Assemblée nationale 

Les promoteurs de la construction du Sacré-Cœur font appel fin 1872 à l’Assemblée nationale afin que l’église soit reconnue comme étant d’utilité publique. C’était le seul moyen semblant possible pour acquérir les terrains nécessaires, propriétés de la ville et de nombreux particuliers. Après des débats houleux, la loi d’utilité publique est votée le 24 juillet 1873 par 382 voix sur 734.

Elle offre à l’archevêque de Paris (Mgr Guibert) la possibilité de se porter acquéreur des terrains sur la colline de Montmartre par voie d’expropriation si nécessaire : les terrains visés derrière l’église Saint-Pierre, sont occupés par des guinguettes, un champ de foire et des jardinets. Il est aussi prévu que l’église « sera construite exclusivement avec des fonds provenant de souscriptions » et « sera à perpétuité affectée à l’exercice public du culte catholique ».

Le texte exact de la loi est :

« Art. 1er. Est déclarée d’utilité publique la construction d’une église sur la colline de Montmartre, conformément à la demande qui en a été faite par l’archevêque de Paris, dans sa lettre du 5 mars 1873 adressée au ministre des cultes. Cette église, qui sera construite exclusivement avec des dons provenant de souscriptions, sera à perpétuité affectée à l’exercice public du culte catholique.

Art. 2. L’emplacement de cet édifice sera déterminé par l’archevêque de Paris, de concert avec le préfet de la Seine, avant l’enquête prescrite par le titre II de la loi du 3 mai 1841.

Art. 3. L’archevêque de Paris, tant en son nom qu’au nom de ses successeurs, est substitué aux droits et obligations de l’administration, conformément à l’art. 63 de la loi du 3 mai 1841 et autorisé à acquérir le terrain nécessaire à la construction de l’église et à ses dépendances, soit à l’amiable, soit, s’il y a lieu, par expropriation.

Art. 4. Il sera procédé aux mesures prescrites par les titres II et suivants de la loi du 3 mai 1841 aussitôt après la promulgation de la présente loi. »

Cette construction s’inscrit dans le cadre d’un nouvel « Ordre moral » promu par les conservateurs dans l’Assemblée nationale de 1871.

Association aux événements de la Commune de Paris 

La basilique et le square Louise-Michel.

La construction de la basilique du Sacré-Cœur est fréquemment associée aux événements de la Commune de Paris, et on trouve dans des documents officiels et des ouvrages d’universitaires, la thèse selon laquelle elle aurait été construite pour « expier les crimes des communards ».

Le choix d’ériger la basilique sur la colline de Montmartre était hautement symbolique, car c’est là que débuta l’insurrection le 18 mars lorsque les troupes d’Adolphe Thiers viennent enlever à Paris les canons qui y étaient entreposés. Après la cérémonie de pose de la première pierre, Hubert Rohault de Fleury fit explicitement le lien :

« Oui, c’est là où la Commune a commencé, là où ont été assassinés les généraux Clément-Thomas et Lecomte, que s’élèvera l’église du Sacré-Cœur ! Malgré nous, cette pensée ne pouvait nous quitter pendant la cérémonie dont on vient de lire les détails. Nous nous rappelions cette butte garnie de canons, sillonnée par des énergumènes avinés, habitée par une population qui paraissait hostile à toute idée religieuse et que la haine de l’Église semblait surtout animer. »

On ne trouve pas de mention de cette motivation dans le texte de loi voté par l’Assemblée Nationale, mais déjà à l’époque elle était dénoncée par l’opposition.

La construction de la basilique du Sacré-Cœur et ses motivations exactes seront longuement débattues, à une époque où la laïcité prend une ampleur croissante en France.

Le programme architectural 

En 1873, le comité de l’Œuvre du Vœu National et le cardinal de Paris décident que le choix de l’architecte se fera par concours. À cet effet, un programme est rédigé à l’intention des candidats. Certains éléments sont imposés : le site, un budget limité à sept millions de francs, une crypte, une statue monumentale du Sacré-Cœur très visible et placée à l’extérieur.

Soixante-dix-huit projets sont rendus par quatre-vingt-sept concurrents regroupés en soixante-seize équipes. Charles Garnier et six Grands prix de Rome figurent notamment parmi les candidats. Leurs maquettes sont exposées sur les Champs-Élysées.

Choix de l’architecte 

Paul Abadie.

L’architecte Paul Abadie gagne le concours de la construction du Sacré-Cœur. Abadie conçoit une basilique romano-byzantine (avec dôme, clochetons et campanile) en réaction au style néo-baroque. À sa mort en 1884, il est remplacé par Honoré Daumet (1884-1886) lui-même remplacé par Charles Laisné (1886-1891) qui fait intervenir dans la réalisation de vitraux le peintre-verrier Émile Hirsch. Puis se succèdent Henri-Pierre Rauline (1891-1904) qui dirige les travaux et Charles Garnier comme architecte conseil, Lucien Magne (1904-1916) et Jean-Louis Hulot (1916-1924).

La souscription nationale 

La basilique est majoritairement financée par de très nombreux Français dans le cadre d’une souscription nationale où il n’est pas demandé au fidèle de verser une somme importante mais ce qui lui est possible. Hubert Rohault de Fleury imagine notamment « la Souscription des Pierres » qui incite les familles, les groupes et les œuvres à fournir la somme nécessaire pour l’achat d’une pierre sur laquelle les initiales ou les armoiries des donateurs sont gravées24.

Au total, près de quarante-six millions de francs sont récoltés en un demi-siècle par les dons de près de dix millions de fidèles.

Construction et architecture 

Historique 

Le 16 juin 1875, l’archevêque de Paris, le cardinal Guibert pose la première pierre de la basilique (un marbre rose de Bouère), non loin de l’ancien moulin de la galette, d’où le surnom donné à la basilique par le peuple de Montmartre, « Notre Dame de la Galette ». L’œuvre est confiée à la congrégation des oblats de Marie-Immaculée.

Des mois sont nécessaires afin de consolider les fondations : les galeries souterraines et les effondrements de terrain imposent la construction de 83 puits d’une profondeur de trente-trois mètres. Remplis de béton et reliés par des arcs, ils font office de piliers qui vont chercher la couche solide sous la glaise. Dès le 3 mars 1876, l’archevêque de Paris inaugure à côté des travaux une chapelle provisoire. En 1878 débute l’édification de la crypte et en 1881 celle de la basilique. L’intérieur de la nef est inauguré le 5 juin 1891. Les vitraux posés entre 1903 et 1920, sont détruits pendant la Seconde Guerre mondiale et remplacés par des vitraux contemporains. Le campanile (clocher haut de 90 mètres) est terminé en 1912, mais il faut attendre 1914 pour que l’ensemble de la façade soit achevé. La consécration, initialement prévue le 17 octobre 1914, est reportée à cause de l’entrée en guerre. Elle a lieu le 16 octobre 1919, célébrée par le cardinal Vico, en présence du cardinal Amette, archevêque de Paris, et de nombreux évêques, dignitaires ecclésiastiques, membres du clergé, personnalités civiles et simples fidèles. L’église est alors érigée en basilique mineure. Le bâtiment est officiellement achevé en 1923 avec la finition de la décoration intérieure, notamment les mosaïques de l’abside. Les années 1930 voient le début de la construction des annexes, sacristie, bureaux et dortoir pour accueillir les pèlerins33.

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Vues historiques

 

 

 

 

Architecture 

Plan des toits : plus l’intensité de la couleur verte est marquée, plus la hauteur est importante.

Cul-de-four de l’abside par Luc-Olivier Merson, Atelier Guilbert-Martin (1918-1922)

La Savoyarde, Fonderie Paccard (1895)

La basilique n’est pas construite selon le plan basilical traditionnel. Elle est en forme de croix grecque, ornée de quatre coupoles. La coupole centrale a une hauteur sous clef de voûte de 54,94 m et un diamètre de 16 mètres ; son dôme central, haut de 83 m (c’était le point le plus élevé de Paris avant la construction de la Tour Eiffel), est surmonté d’un lanterneau formé d’une colonnade. Un escalier en colimaçon de 237 marches permet d’accéder à la galerie intérieure et extérieure de ce dôme, la première offrant une vue sur l’intérieur de l’église et la seconde un panorama circulaire sur 30 km par temps clair. Le style éclectique architectural de l’édifice, s’inspirant de l’architecture romane, de l’architecture byzantine, et particulièrement de la cathédrale Saint-Front de Périgueux, a influencé plusieurs autres édifices religieux du xxe siècle (basilique Sainte-Thérèse de Lisieux par exemple ou, plus modestement, l’église Saint-Rémi d’Amfreville-la-Mi-Voie).

Contrairement à la plupart des églises qui ont traditionnellement une orientation Est-Ouest, celle de la basilique est Nord-Sud, tournée vers le centre de Paris, plus particulièrement de Notre-Damequi est située dans l’alignement de l’édifice.[réf. souhaitée]

La pierre blanche retenue pour la construction est un travertin qui provient des carrières de Château-Landon et de Souppes-sur-Loing (les pierres de l’Arc de Triomphe de l’Étoile ont la même origine). Elle a été retenue par l’architecte Paul Abadie pour ses qualités de dureté et d’auto-nettoiement au contact de l’eau, ce calcaire exsudant du calcite, ce qui garde la teinte blanche de la pierre. La basilique repose sur le gypse au moyen de piliers qui traversent les marnes et les sables sus-jacents.

À l’intérieur, le cul-de-four de l’abside est décoré de la plus grande mosaïque de France (Émaux de Briare), couvrant une surface de 473,78 m2. Conçue par Luc-Olivier Merson et exécutée de 1918 à 1922 par les mosaïstes de l’Atelier Guilbert-Martin, elle représente le Sacré-Cœur de Jésus glorifié par l’église catholique et la France. À sa base on peut lire une phrase en latin signifiant : « Au Cœur très saint de Jésus, la France fervente, pénitente et reconnaissante. »

Une immense tour carrée servant de clocher renferme, entre autres, la plus grosse cloche de France. Baptisée la Savoyarde, elle a été fondue à Annecy en 1895 par la fonderie des frères Paccard. Elle mesure 3 mètres de diamètre et pèse 18 835 kg. Quant à son support, il pèse 7 380 kg. Le marteau qui la frappe pèse quant à lui 1 200 kg. Symbole nationaliste rappelant l’Annexion de la Savoie, elle fut offerte à la basilique par les quatre diocèses de la Savoie, et arriva sur la butte le 16 octobre 1895, ce qui fut un événement parisien.

La crypte 

La crypte qui a la même disposition que l’église, est une des curiosités de la basilique. Un saut-de-loup, large de quatre mètres, l’entoure et l’éclaire, grâce aux fenêtres et oculi percés dans le mur. L’espace central de la crypte est occupé par la chapelle de la Pietà qui contient, outre une statue monumentale de la Vierge au pied de la Croix (œuvre dominant l’autel, de Jules Coutan en 1895), des tombeaux liés aux personnages importants qui ont marqué ce lieu sacré (des caveaux creusés sous cette chapelle des morts contiennent les sépultures des cardinaux Guibert et Richard) et la première pierre de la basilique. Les promenoirs du déambulatoire desservent sept chapelles latérales à l’est, et sept chapelles latérales à l’ouest correspondant aux bas-côtés de la basilique. La chapelle absidiale, dédiée à la Sainte Famille, est surmontée d’une statue du Sacré-Cœur. Œuvre de Robert Falcucci réalisée en 1960, elle représente le Christ, bras grand ouverts et cœur en avant. Une chapelle dédiée à saint Pierre, élevée sur plusieurs gradins, entourée de colonnes, domine la crypte et correspond au chœur de la basilique.

 

 

 

 

 

Décor sculpté 

Fronton du portique, encadré par les deux statues équestres.

Le grand Christ, avec l’inscription sur le socle Cor Jesu sacratissimum, « Cœur très-saint de Jésus».

Le sculpteur Hippolyte Jules Lefèbvre (1868-1937) exécute une grande partie du décor sculpté de la basilique, notamment le grand-autel et les deux statues équestres en bronze disposées sur la terrasse du porche d’entrée aux trois arches, Saint-Louis brandissant son épée (statue remplaçant celle de saint Georges en 1891) et la couronne d’épines et Jeanne d’Arc (statue remplaçant celle de saint Martin en 1925). Cette dernière soulève une polémique car Lefebvre voulait représenter la paysanne se battant l’épée à la main mais le Comité du monument lui imposa une de la figurer cuirassée, fidèle à son image habituelle. Monument politique, la basilique est alors un enjeu nationaliste. La statue du Sacré-Cœur-du-Christ en argent qui se trouve à l’intérieur, est due au sculpteur Eugène Bénet. Les symboles des quatre évangélistes du campanile ont été sculptés par Henri Bouchard (1875-1960), en 1911.

Le fronton triangulaire qui domine la façade est coupé en son sommet par une niche dans laquelle est installée depuis 1927 la statue du Christ au Sacré Cœur sur la poitrine en pierre de cinq mètres de hauteur, dû à Pierre Seguin. Ce Christ bénissant remplace celui de Gustave Michel, modèle présent de 1907 à 1927, ayant lui-même succédé à une statue provisoire en plâtre de Gabriel Thomas écroulée mystérieusement en 1900.

Caractéristique du goût de la seconde moitié du xixe siècle pour l’iconographie aux résonances nationalistes et anti-républicaines du saint archange luttant contre le démon (la République représentée sous la forme d’un crocodile qui symbolise un dragon), la statue de Saint Michel terrassant le dragon sur un des pinacles du chevet de la basilique, fondue par les Ateliers Monduit, est l’œuvre de François Sicard (1903).

Mobilier et statuaire 

Sacré-Cœur-du-Christ, statue en argent qui montre son cœur ouvert, d’Eugène Bénet (1912).

L’aménagement intérieur comprend la chapelle Saint-Michel ou de l’Armée, ornée d’ex-voto militaires, placée aussi sous le patronage de Jeanne d’Arc. La statue de saint Michel qui surmonte l’autel est l’œuvre de Léon Noël, celle de Jeanne d’Arc est de Léon Fagel. Dans la chapelle Saint-Louis, offerte par le barreau et la magistrature, les bas-reliefs de l’autel comprennent la remise de la Couronne d’épines par saint Louis à l’évêque de Paris, œuvre d’Hippolyte Lefèbvre et des mosaïques de St-Louis réalisées par Pascal Blanchard. La chapelle ou tribune du Commerce et de l’Industrie, terminant le transept Est, est due aux souscriptions des habitants de Lyon et de Tourcoing. Dans la grande verrière de la Vierge d’après Marcel Magne, des anges lui présentent la basilique de Fourvières et les armes de Lyon tandis que sur les vitraux latéraux, des anges portent les armes et la devise de Tourcoing. La chapelle de Marguerite-Marie comprend un luxueux autel de bronze. Les chapelles absidiales sont dédiées à Saint Benoît Labre, Saint Jean-Baptiste (souscription par le Canada et l’ordre de Malte), Saint-Joseph, à la Vierge (chapelle du Saint-Cœur-de-Marie avec une statue de Notre-Dame de la Paix de Gustave Crauk, surmontant un autel en marbre de Carrare), à Saints Luc, Côme et Damien (souscrite par deux associations de médecins, elle est dite chapelle de la Médecine), chapelle Saint-Ignace, Sainte-Ursule. La chapelle Saint Vincent de Paul est souscrite par les Pères Lazaristes, par les Filles de la Charité et la Société de Saint Vincent de Paul. La tribune Saint-Isidore ou chapelle de l’Agriculture, souscrite par un comité d’agriculteurs nantais, comprend une verrière de la Nativité de Marcel Magne. La chapelle de Sainte-Radegonde, Sainte-Clotilde et Sainte-Bathilde ou des Saintes reines de France, due principalement au diocèse de Poitiers, est ornée d’un autel en marbre de Carrare avec colonnes de jaspe. La chapelle de la Marine comprend une statue de la Stella Maris par Léon Fagel.

Le maître-autel en marbre de Sienne dans le chœur est de Rauline. Le retable de Lucien Magne est orné d’une représentation du Christ en croix, entouré de chaque côté des apôtres. Le tabernacle est surmonté d’un ciborium en argent doré : conçu en 1902, il est orné de deux anges supportant l’ostensoir qui renferme le corps divin. Devant ce maître-autel, l’autel doré provient de la crypte de la basilique.

Orgues 

Les grandes orgues de la basilique du Sacré-Cœur ont été construites par le célèbre facteur d’orgues Aristide Cavaillé-Coll en 1898 pour le château que le baron Albert de L’Espée, grand amateur d’orgue, venait de faire construire à l’Ilbarritz (le château d’Ilbarritz). Cet orgue est le dernier grand instrument de Cavaillé-Coll, doté à l’époque de 70 jeux répartis sur quatre claviers manuels de 61 touches et pédalier de 32 marches.

Après la mort du baron et la vente de sa demeure et après avoir passé plus de dix années dans les entrepôts Cavaillé-Coll-Mutin, l’orgue fut racheté par la basilique qui n’en possédait pas. Il y fut inauguré (après quelques modifications) le 16 octobre 1919 par Charles-Marie Widor, Marcel Dupré et Abel Decaux qui en est le premier titulaire.

L’instrument subit quelques modifications en 1930-1931, effectuées par la Société fermière des établissements Cavaillé-Coll.

Après un relevage effectué par Jean Perroux (qui supprime les trois rangs aigus du cornet du solo) en 1948, des transformations plus importantes sont confiées en 1959 à la maison Beuchet-Debierre, sous la direction de Rolande Falcinelli et Marcel Dupré. Certains jeux sont modifiés, recoupés, décalés, et échangés entre claviers. Le principal du positif est accordé en Unda Maris et une cymbale est ajoutée à ce clavier, de même qu’un principal 4 prend au récit la place du basson-hautbois, transféré sur la laye des jeux de combinaisons. Les mixtures sont recomposées, le trémolo du solo supprimé et deux jeux ajoutés à ce clavier. De plus, à la demande du vicaire, qui souhaite que la rosace soit dégagée, le facteur supprime la partie centrale du buffet, qui est défiguré. Cette modification entraîne en outre la séparation de la boîte expressive du solo en deux parties, placées chacune à une extrémité de l’orgue. Joseph Beuchet propose l’électrification des transmissions afin de résoudre certains problèmes dus à cette nouvelle disposition, mais Marcel Dupré s’y oppose formellement, ce qui permet à la console de Cavaillé-Coll de rester en place.

L’instrument se dégrade au fil des années, jusqu’à devenir quasiment injouable. Sa restauration est programmée au début des années 1980, sous la direction de Daniel Roth, visant à supprimer les ajouts de 1959 au profit de jeux plus en rapport avec son esthétique. Ainsi, la cymbale du positif est remplacée par un cornet progressif, le basson 8 de mutin transformé en basson 16, le plein-jeu du récit recomposé (avec résultante de 16), le principal 4 remplacé par une octave 4, les trois rangs aigus du cornet du solo restitués, entre autres modifications. L’instrument est inauguré en 1985.

Actuellement entretenu par Bernard Dargassies, l’orgue est très empoussiéré par la suie générée par les cierges. Sa restauration est à l’étude.

Les titulaires actuels sont Gabriel Marghieri, également organiste du sanctuaire Saint-Bonaventure à Lyon, et Philippe Brandeis, également co-titulaire de l’orgue de Saint-Louis des Invalides. Claudine Barthel est titulaire depuis 1969, elle était également titulaire aux églises Sainte-Geneviève et Notre-Dame du Perpétuel Secours à Asnières-sur-Seine.

 

 

 

 

 

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Sanctuaire catholique 

Depuis 1885, des fidèles se relayent jour et nuit pour une prière ininterrompue.

La basilique du Sacré-Cœur de Montmartre est l’une des cinq basiliques mineures de Paris.

Vouée à l’adoration perpétuelle du Saint-Sacrement, la basilique est le « sanctuaire de l’adoration eucharistique et de la miséricorde divine ». Depuis 1885, des fidèles — hommes, femmes et enfants de toutes conditions et de tous horizons — se relayent dans la basilique pour réciter une prière ininterrompue, de jour comme de nuit. Cette prière est la mission que la basilique a reçu à sa consécration : une mission d’intercession constante pour l’Église et le monde.

Charles de Foucauld passe une nuit de prière avec Louis Massignon en avril 1909 dans la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre : les statuts de son association du Sacré-Cœur furent tous déposés à Montmartre, et là les premiers Petits frères de Jésus de René Voillaume reçurent leur habit.

Depuis 1995, la congrégation des bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre assure, à la demande du cardinal Lustiger, archevêque de Paris, l’animation spirituelle et matérielle de la basilique.

À l’instigation de Monseigneur Charles, après Vatican II, Montmartre a pris progressivement une dimension nationale de réflexion et de formation afin d’apporter des réponses efficaces à la crise des années 1970. Différents mouvements d’évangélisation et de jeunesse, ainsi que des retraites spirituelles et conférences sont organisés par Mgr Charles. Une nouvelle impulsion au chemin de croix traditionnel est donnée, tandis que le pèlerinage de Chartres est relancé de manière consensuelle (à partir du noyau du centre Richelieu), enfin des cahiers théologiques vulgarisés sont diffusés, à l’exemple du père de Guérandel qui en fut un des auteurs[.

Dans le cadre de la redynamisation de la foi et en réponse aux hésitations des fidèles souvent influencés par des vagues médiatiques, les mouvements de la basilique s’efforcent à cette époque de changer le regard vers les autres de toutes conditions et religions, des carrefours de rencontres et approfondissement chez l’habitant sont dirigés par le père Morand et se disséminent dans la région parisienne, puis au-delà, sont animés par des jeunes formés dans la basilique. Les fruits ont été visibles pendant la première partie du pontificat de Jean-Paul II. Ces initiatives évangélisatrices, perpétuées par les successeurs de monseigneur Charles (dont Mgr de Vorges), ont marqué le rayonnement permanent de la basilique. Depuis 1995, l’accompagnement se fait de manière différente et la basilique n’organise plus de pèlerinage à Chartres. De même la communion ne se fait plus à genoux, ce qui était une particularité de la basilique jusqu’en 1995.

Controverses 

La construction de la basilique a été très critiquée par les artistes comme Steinlen, Willette, les écrivains Sarcey ou Zola qui y voient un symbole obscurantiste.

En 1904, dans un contexte de tensions exacerbées autour de la question de la séparation des Églises et de l’État, le Conseil Municipal de Paris, à l’époque en majorité farouchement laïc et hostile à la basilique, récupère, proche de celle-ci, 5 000 m2 de terrain détenus indûment par l’Archevêché et décide d’ériger à cet endroit, dans l’axe du grand portail du Sacré-Cœur, une statue du chevalier de La Barre, jeune noble français condamné en 1766 pour blasphème et sacrilège, décapité et ensuite brûlé, devenant par suite une figure tutélaire de l’athéisme et de l’anticléricalisme. La statue, sculptée par Armand Bloch, est inaugurée le 3 septembre 1905 par vingt-cinq mille manifestants. Un peu plus tard, autre acte politique, la rue de La Barre (l’adresse de la basilique est au numéro 35 !), devient en 1907, sur décision du même conseil municipal, la rue du Chevalier-de-La-Barre. En 1926, en signe d’apaisement de la municipalité vis-à-vis du monde catholique, la statue est réinstallée non loin, square Nadar, en un lieu moins directement provocateur envers le Sacré-Cœur. Elle est enlevée et fondue en 1941. Il faut attendre soixante ans pour qu’une nouvelle statue, soit érigée en remplacement square Nadar et inaugurée le 24 février 2001.

Le peintre français Félix Del Marle, proche du Futurisme dans les années 1910, a publié dans le Paris Jour du 10 juillet 1913 un Manifeste futuriste à Montmartre, dans lequel il proclame : « IL FAUT DÉTRUIRE MONTMARTRE !! ». Il y précise qu’il en veut bien à la butte, elle-même, pour la remplacer par des gratte-ciels, métropolitains, et tramways à coup d’explosifs et d’échafaudages. S’ensuivit une dispute avec un autre futuriste, installé à Montmartre, d’opinions divergentes sur la question : Severini.

Accès 

Le funiculaire de Montmartre ou le Montmartrobus permettent de s’y rendre sans effort.

Les deux stations de métro les plus proches Abbesses sur la ligne 12 et Anvers sur la ligne 2 présentent en leur sortie respective une différence d’altitude de l’ordre de 50 mètres avec la basilique.
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Sacré-Coeur de Jésus, pour en savoir plus et chrétienté

Le Sacré-Cœur est une dévotion au Cœur de Jésus-Christ, en tant que symbole de l’amour divin par lequel le fils de Dieu a pris la nature humaine et a donné sa vie pour les hommes. Cette dévotion est particulièrement présente au sein de l’Église catholique romaine mais aussi, quoiqu’à moindre échelle, dans l’Église anglicane et dans certaines Églises luthériennes. Elle met l’accent sur les concepts d’amour et d’adoration voués au Christ. La solennité du Sacré-Cœur a été instituée par le pape Clément XIII en 1765 et étendue à toute l’Église catholique romaine par le pape Pie IX en 1856. L’extension de cette dévotion dans l’Église catholique romaine à partir du xviie siècle provient des révélations d’une religieuse visitandine catholique du couvent de Paray-le-Monial en Bourgogne, sainte Marguerite-Marie Alacoque, qui a affirmé l’avoir reçue du Christ lui-même lors de différentes apparitions entre 1673 et 1675, et, plus tard, à partir du xixe siècle, provient des révélations d’une autre religieuse catholique, la Mère Supérieure du couvent de la Congrégation du Bon Pasteur de Porto, au Portugal, Sœur Marie du Divin Cœur, comtesse Droste zu Vischering, qui a demandé, au nom du Christ lui-même, au pape Léon XIII qu’il consacre le monde entier au Sacré-Cœur de Jésus.

La tradition catholique a toujours associé le Sacré-Cœur avec les Actes de Réparation dédiés au Christ. Dans son encyclique Miserentissimus Redemptor, Pie XI a indiqué : « l’esprit d’expiation ou de réparation a toujours tenu le premier et principal rôle dans le culte rendu au Sacré-Cœur de Jésus ». La Dévotion au Sacré-Cœur est parfois pratiquée au sein des Églises orthodoxes, où elle reste un point de controverse, car perçue comme étant un exemple de latinisation liturgique.

Le Sacré-Cœur est souvent représenté, dans l’art chrétien, sous la forme d’un cœur enflammé brillant d’une lumière divine, saignant car ayant été percé par la lance du soldat romain Longinus, entouré d’une couronne d’épines et surmonté d’une petite croix. Parfois, le cœur est centré sur le corps du Christ, avec ses mains transpercées dirigées vers lui, comme s’il allait l’offrir à la personne qui se tient devant lui. Les blessures et la couronne d’épines font allusion aux conditions de la mort de Jésus-Christ, alors que le feu symbolise le pouvoir transformateur de l’amour.
Étymologie et dénomination

Jésus, en grec Ἰησοῦς / Iēsoûs, vient de Yehoshua (hébreu : יהושע), à travers sa forme abrégée Yeshua (hébreu : ישוע). Yeshua signifie « Sauveur » et Yehoshua est un nom théophore qui signifie : « Dieu (YHWH) sauve ». La Septante (rédigée en grec) utilise également le nom de Iesoûs pour désigner Josué, lieutenant et successeur de Moïse. Le nom était généralement prononcé « Yeshua » mais vraisemblablement « Yeshu » dans la prononciation galiléenne.

« Jésus » est un prénom courant dans la Palestine du ier siècle : il est le sixième nom masculin le plus fréquent à cette époque. Il est par exemple attesté pour Jésus Ben Sira, l’auteur du Siracide, pour un fils d’Éliézer dans l’Évangile selon Luc ou encore pour Barabbas, le chef de guerre libéré par Ponce Pilate selon certaines versions de l’Évangile selon Matthieu. L’historien juif Flavius Josèphe mentionne vingt individus prénommés de la sorte, dont une dizaine à l’époque de Jésus de Nazareth.

Dans le Nouveau Testament, Jésus est qualifié plusieurs fois en grec de Ναζωραῖος / Nazōraîos, « Nazôréen ». Ce terme est discuté et peut venir de l’hébreu nsr qui signifie « celui qui observe [la Loi] » ou de nzr, « celui qui se consacre [à Dieu] », ou encore « rejeton » (d’Israël). Le nom de nazôréen servira par la suite à désigner un courant juif en Palestine qui croit en la messianité de Jésus. On trouve également parfois Ναζαρηνός / Nazarēnós, « Nazarénien » qui est « l’homme du village de Nazareth », et qui, selon certains chercheurs, ferait référence à une naissance dans ce village. D’autres théories existent encore, comme celle faisant référence à son rattachement à une hypothétique communauté de nazirs. Dans les Évangiles, aucune de ces dénominations n’est utilisée par Jésus lui-même ou par ses disciples.

Titulatures dans le Nouveau Testament

Jésus est nommé de multiples façons dans la littérature néotestamentaire, chaque qualificatif suggérant une façon dont ont pu l’appréhender ou le considérer ses différents interlocuteurs : « Rabbi », ou le terme proche en araméen « Rabbouni », qui signifie au ier siècle le « maître » pharisien, au sens « maître et philosophe » d’un groupe pharisien ; on trouve également « Maître » au sens d’« enseignant », « Prophète », « Serviteur », « Juste », « Saint », « Fils de David », déjà employés pour des personnages de la Bible hébraïque, « Grand prêtre », « juge », « pasteur », « Rédempteur » ou encore « Sauveur ». L’Évangile selon Jean rapporte que la croix de son exécution était surmontée d’un titulus qui portait l’inscription INRI signifiant « Jésus le nazôréen, Roi des Juifs ».

On trouve également plusieurs fois l’expression « Fils de l’homme » qui est attribuée à Jésus lui-même par les rédacteurs des évangiles. Elle se trouve précédemment dans la littérature hébraïque pour signifier de manière emphatique « homme ». Dans les Évangiles, cette appellation peut aussi être comprise en référence à la vision du Livre de Daniel où elle s’applique à celui à qui est donné le Royaume.

Sa désignation comme « Christ » (du grec χριστός / christós, traduction de l’hébreu : מָשִׁיחַ  mashia’h, Messie, signifiant « l’oint [du Seigneur] ») avait une forte connotation politique et religieuse dans l’espérance messianique de cette époque. De son vivant, Jésus interdit à ses disciples de dire à quiconque qu’il fût le Messie.

Biographie

La biographie de Jésus de Nazareth est très mal connue. La principale source d’information vient des textes rédigés vraisemblablement entre 65 et 110 qui seront appelés « Évangiles » vers 150, textes dont le but n’est pas historique mais apologétique, et dont l’interprétation en termes de biographie historique est souvent hasardeuse. Michel Quesnel souligne que « les Évangiles ont retenu de la vie de Jésus un certain nombre de scènes et de paroles qui sont avant tout témoignages de foi et dont l’historicité peut à bon droit être questionnée ».

Les éléments biographiques se résument à peu de choses, au point que théologiens et exégètes ont pu parler de « mystère de Jésus ». Néanmoins, la documentation sur Jésus s’avère souvent plus riche que pour beaucoup de personnages importants de l’Antiquité, même si une certaine unilatéralité des sources la soumet à une exigence de critique littéraire et historique.

Le croisement des différentes traditions néotestamentaires permet de présenter des éléments épars qui proposent, mis ensemble, une approche biographique plus étoffée afin de percer le « mystère de Jésus » qui résulte moins, selon Étienne Trocmé, de « la création plus ou moins artificielle des générations postérieures » que du « comportement du Nazaréen, tout voué à son humble tâche, mais convaincu de détenir pour cette mission une autorité exceptionnelle venue de Dieu ». Cependant, ce mystère qui « dicte déjà les tâtonnements des évangélistes et des théologiens du ier siècle », ne sera « jamais définitivement éliminé, pas plus par les historiens que par les théologiens ».

Origines

Articles détaillés : Généalogie de Jésus et Nativité.

S’il est communément admis que Jésus est un Juif galiléen dont la famille est originaire de Nazareth, le lieu et la date de sa naissance ne sont pas connus avec certitude et ne le seront probablement jamais, car les récits des Évangiles de l’enfance relèvent surtout de théologoumènes de la part des auteurs bibliques qui ont plus une visée doctrinale qu’un souci historique. Ces récits ne doivent pas ainsi faire l’objet d’une lecture littéraliste mais appartiennent au registre littéraire du merveilleux et à la théologie métaphorique.

Concernant la localité qui a vu naître Jésus, les historiens hésitent entre le berceau familial de Nazareth, où il passera toute sa jeunesse, le village de Capharnaüm qui apparaît dans les évangiles comme le centre de sa mission, voire la bourgade de Chorazeïn, à laquelle Jésus semble particulièrement attaché. Les récits de Luc et Matthieu situant chacun la naissance de Jésus à Bethléem en Judée font pencher les exégètes pour une rédaction plutôt théologique que factuelle, Bethléem étant la ville du roi David de la lignée duquel le Messie attendu par les juifs doit descendre, selon la prophétie de Michée. Ces deux récits de la Nativité ne résistent pas à l’examen critique et sont du reste inconciliables.

L’année de sa naissance n’est pas non plus connue précisément. Les dates retenues peuvent osciller entre 9 et 2 av. J.-C.. Les évangiles selon Matthieu et selon Luc la situent sous le règne d’Hérode Ier le Grand dont le long règne s’achève en 4 avant notre ère. L’estimation généralement retenue par les historiens actuels va de 7 à 5 avant notre ère.

Naissance du Christ,
Mosaïque de la chapelle palatine de Palerme, v. 1150.

Il est paradoxal que Jésus de Nazareth puisse être né « avant Jésus-Christ » : l’origine de l’ère chrétienne est en effet censée être la naissance du Christ. Mais cet Anno Domini qui ne s’est imposé progressivement en Europe qu’à partir du xie siècle, a été fixé d’après les travaux du moine Denys le Petit réalisés au vie siècle, que l’on sait à présent être erronés et, si le calendrier historique a été précisé depuis, son origine conventionnelle n’a pas été modifiée.

La naissance de Jésus (la Nativité) est traditionnellement fêtée le 25 décembre, à Noël, mais cette date est entièrement conventionnelle, et n’a rien d’un « anniversaire ». Elle aurait été fixée dans l’Occident latin au ive siècle, peut-être en 354, pour coïncider avec la fête romaine du Sol Invictus, célébrée à cette date à l’instar de la naissance du dieu Mithra, né selon la légende un 25 décembre ; le choix de cette fête permettait une assimilation de la venue du Christ — « Soleil de justice » — à la remontée du soleil après le solstice d’hiver. Avant cette date, la Nativité était fêtée le 6 janvier et l’est encore par l’Église arménienne apostolique, alors que l’Église catholique romaine y fête aujourd’hui l’Épiphanie, la visite des mages à Jésus peu après sa naissance, ou la « Théophanie », le baptême de Jésus dans le Jourdain, évènement que les plus anciennes Églises pré-romaines utilisaient comme acte de « naissance » du Christ. Les Pères de l’Église ne se sont pas opposés à ce syncrétisme à propos de la Nativité, considérant que ce choix calendaire ne pouvait donner lieu à des hérésies théologiques et qu’il confirmait la venue du Messie annoncé comme l’« astre levant » et comme le « soleil de justice » par le prophète Malachie Noël s’est ainsi substituée aux célébrations de la fête païenne d’autant plus aisément que, les références bibliques aidant, s’est développée pour qualifier métaphoriquement le Christ nouveau-né toute une symbolique du « vrai soleil », du « nouveau soleil » resplendissant sur le monde.

Famille

Articles détaillés : Proches de Jésus, frères de Jésus et Jacques le Juste.

Jésus est connu comme « le fils de Joseph le charpentier » et « le fils de Marie ». Les évangiles selon Matthieu et selon Luc professent une conception « par la vertu du Saint-Esprit » qui ouvrira plus tard sur des débats théologiques très disputés au sein des communautés chrétiennes concernant la virginité de Marie. L’évangile selon Luc évoque Joseph, père adoptif de Jésus qui, en assumant sa paternité, rattache ce dernier à la lignée de David . Luc et Matthieu rapportent la tradition de la conception virginale probablement afin d’accomplir le texte prophétique et de répondre aux rumeurs et aux accusations lancées par des Juifs non chrétiens à propos de la naissance illégitime de Jésus (accusations qui se retrouvent notamment chez Celseet dans les Toledot Yeshou). Selon Bruce Chilton (en), son statut au regard de la loi juive et de son entourage aurait été celui d’un mamzer et « a provoqué les interprétations disparates de sa naissance articulées dans le Nouveau Testament et la littérature rabbinique ».

Jésus est le « premier-né » de cette famille, appartenant à un milieu artisanal peut-être aisé, traditionaliste, pieux et proche du Temple – voire lévite ou peut-être même sacerdotale, liée à un clan de nazôréens qui attendent l’apparition d’un « fils de David » en son sein. Les évangiles mentionnent l’existence de « frères et sœurs » qui « apparaissent pour montrer que Jésus n’a rien d’extraordinaire puisque sa famille est bien connue ». Parmi les « frères du seigneur », Jacques le Juste prendra une place prééminente dans la communauté de Jérusalem après la disparition de Jésus. Il a été remarqué que tous les noms (connus) de ces enfants ont une forte charge symbolique et nationaliste qui, au-delà de la piété judaïque, dénote un patriotisme revendiqué : Jésus/Josué, Jacques/Jacob, Joseph/José, et surtout Jude/Judas et Simon.

La question des liens de parenté de Jésus avec ces « frères » et « sœurs » a été disputée, et reste discutée.

La plupart des spécialistes laïcs, protestants et juifs, avec des chercheurs catholiques, considèrent que Jacques est un fils de Marie et de Joseph, tandis que nombre d’exégètes catholiques y voient un « cousin », suivant la lecture traditionnelle catholique fondée sur la croyance plus tardive en la virginité perpétuelle de Marie à la suite de Jérôme de Stridon, premier Père de l’Église à argumenter contre une fratrie au profit de « cousins », à la fin du ive siècle. L’exégète catholique John P. Meier conteste cette acception qui n’apparaît jamais dans la version grecque de l’Ancien Testament dans lequel le terme adelphos marque exclusivement le lien fraternel de sang ou de droit.

Après la clôture du Nouveau Testament, le roman apocryphe appelé Protévangile de Jacques, aux alentours de 180, « tente astucieusement » de faire de la fratrie de Jésus des « demi-frères » et des « demi-sœurs » nés d’un premier mariage de Joseph ; cet ouvrage marque également le début de la piété mariale et la doctrine de la virginité perpétuelle de Marie. Cette option mettra du temps à s’imposer puisque Eusèbe de Césarée au début du ive siècle parle encore de « race du Sauveur ».

Enfance

La Présentation au Temple,
Giovanni Bellini, 1500,
Kunsthistorisches Museum, Vienne.

Jésus endormi sur la croix, Orazio Gentileschi, xviie siècle.

Article détaillé : Enfant Jésus.

L’évangile selon Luc raconte comment, huit jours après sa naissance, il a été nommé « Jésus » et circoncis conformément à la loi juive lors d’un épisode connu sous le nom de la « Présentation au temple ». L’évangile selon Matthieu expose un épisode connu comme le « massacre des Innocents ». Né de l’imagination hagiographique du rédacteur matthéen, cet épisode met en scène Hérode, prenant peur pour son pouvoir, qui décide de faire tuer tous les premiers-nés de son peuple. Les parents de Jésus fuient alors avec leur enfant dans une séquence appelée la « Fuite en Égypte » qui inspirera une importante production apocryphe et influencera la tradition copte. L’évangile selon Luc rapporte encore un incident probablement légendaire au cours duquel, quand il a douze ans, ses parents cherchent Jésus qu’ils retrouvent en conversation avec les docteurs du Temple de Jérusalem.

Ce qui est relaté, par les évangiles canoniques, de la vie de Jésus avant le début de sa vie publique, ne consiste qu’en très peu de choses, disséminées dans différents textes canoniques. Ces évangiles cherchant en effet à concilier les hérésies docétistes et adoptianistes, ils ne peuvent admettre des « outrances si ostensiblement contraires à l’incarnation », telle celle de Jésus enfant aidant ses parents, si bien que l’évangéliste Luc imagine qu’il « croissait en sagesse et en grâce » ; telle celle de Jésus apprenant à lire alors qu’il est le Verbe de Dieu. Ces récits privent ainsi Jésus de son enfance, ce qui donne l’opportunité aux apocryphes de l’enfance, traités pédagogiques, livres de catéchisme et à l’iconographie chrétienne de combler les vides en imaginant de nombreuses scènes de l’enfance.

Ce sont par exemple les écrits apocryphes qui précisent le nom et le nombre des « rois mages », ou décrivent les parents et la naissance de Marie.

L’hypothèse d’une jeunesse passée dans une communauté religieuse, peut-être proche des esséniens, est parfois évoquée et reste peu probable.

Premières années

Article détaillé : Vie cachée de Jésus.

Il n’y a quasiment aucun élément entre les récits de la naissance de Jésus et sa vie publique, encore moins entre l’âge de douze ans et celui de trente ans, début de son ministère. Cette période lacunaire, appelée la « vie cachée de Jésus », a conduit à la composition d’un certain nombre de textes apocryphes qui ont beaucoup brodé sur le canevas originel. Ces textes, non canoniques, participent pourtant de la mythologie chrétienne, et ont inspiré une importante production littéraire et artistique.

Cette vie cachée est présentée comme un apprentissage de Jésus auprès de son père putatif Joseph : apprentissage spirituel, c’est-à-dire une formation religieuse mais aussi apprentissage manuel dans l’atelier de son père « charpentier » (tektôn). Le terme grec qui désigne ce métier est ambivalent – pouvant également signifier « menuisier », « maçon », « artisan » ou encore « constructeur » – aussi est-il difficile de déterminer la profession de Jésus présenté comme « le charpentier fils de Marie ». Cette période peut également avoir représenté pour Jésus plusieurs années où il a joué un éventuel rôle de chef de la famille après le décès de Josephn 26.

La bourgade de Nazareth ne compte à l’époque de Jésus que deux à quatre cents habitants. Étant trop petite pour assurer la subsistance d’un charpentier, il est possible que Joseph et ses fils aient offert leurs services ou trouvé du travail à Sepphoris, ancienne capitale de Galilée en plein travaux de reconstruction, ou dans d’autres grandes villes galiléennes (Arraba, Magdala ou Tibériade)68. Pourtant, les évangiles ne mentionnent pas ces villes, ce qui pourrait suggérer que Jésus les ait évitées pendant son ministère, d’autant plus qu’il fuit généralement les grandes agglomérations. Flavius Josèphe rappelle l’hostilité des Juifs à l’encontre des villes jugées trop cosmopolites ou abritant des places fortes romaines, l’occupant méprisé. La culture urbaine, friande de modernité, choque également la mentalité villageoise plus traditionnelle et il se peut que Jésus, issu d’une famille nombreuse du milieu semi-rural de Nazareth, soit imprégné de cette mentalité. S’il faut cependant se garder de l’image traditionnelle d’un Jésus pauvre paysan galiléen, la polysémie du terme tektôn laisse la voie à de nombreuses interprétations : Jésus a pu tout aussi bien appartenir à un milieu modeste d’artisan charpentier qu’à une moyenne bourgeoisie d’entrepreneurs qui a profité des grandes voies de communication romaines telle la Via Maris, et des importants chantiers urbains entrepris par Hérode Antipas dans la région. Dans cette optique, Joseph aurait été un entrepreneur se chargeant, avec ses fils et quelques salariés, de la construction d’édifices entiers. Avec sa thèse provocante fondée sur une interprétation de la Deuxième épître aux Corinthiens, George Wesley Buchanan (en) propose que Jésus et sa famille appartiennent à la classe supérieure de la Palestine. C’est en s’appuyant sur son propre exemple que Jésus aurait exhorté à l’abandon des richesses matérielles pour les donner aux plus pauvres.

En plus de leur activité principale, Joseph et ses enfants ont peut-être cultivé également un lopin de terre comme le faisaient, si l’on en croit Eusèbe de Césarée, les petits-enfants de Jude (frère de Jésus) qui ont pu hériter de la ferme familiale, ce qui expliquerait les paraboles de Jésus qui ont le plus souvent trait à l’agriculture (champs, semences, etc.).

Langue

À l’époque de Jésus, deux grandes langues véhiculaires se partageaient le monde gréco-romain, se superposant aux parlers locaux : le grec sur les pourtours de la Méditerranée, jusqu’à Rome, et l’araméen en Syrie et en Orient. Ces deux langues se retrouvaient en Palestine : l’araméen était parlé en Galilée et vraisemblablement dans les campagnes de Judée. Mais le grec avait également pénétré la Judée depuis la côte et ses villes hellénistiques comme Césarée et les juifs hellénistes de la Diaspora avaient des synagogues à Jérusalem. Ainsi le degré d’hellénisation de la Galilée, terre de passage où se croisaient marchands phéniciens et grecs, est diversement envisagé selon le degré d’urbanisation qu’y voient les chercheurs. Si on s’accorde pour dire que le grec était la langue de l’administration et de l’élite économique ou culturelle, certains pensent néanmoins que la majorité des Galiléens ne le parlaient pas, voire ne le comprenaient pas.

L’hébreu était quant à lui la langue sacrée des juifs, dans laquelle on lisait les Écritures et chantait les psaumes. Il était peut-être encore vivace dans les familles liées au sacerdoce et les milieux cultivés. Pour ceux qui ne comprenaient plus l’hébreu, un « targoum » en araméen pouvait accompagner la lecture des Écritures. Si l’on retient une appartenance sacerdotale ou lévite de la famille de Jésus, ce dernier, par son père et par la fréquentation de la synagogue, a pu apprendre l’hébreu : des passages de la littérature canonique chrétienne suggèrent qu’il le lisait mais aussi, peut-être, l’écrivait.

Ainsi, pour sa part, Jésus s’exprimait-il vraisemblablement dans un dialecte araméen parlé par les paysans de Galilée mais pouvait se servir de l’hébreu liturgique dans les discussions avec les scribes. Pour son usage du grec, il y a débat : certains chercheurs estiment que rien n’indique qu’il parlait cette langue dans la mesure où certains de ses disciples semblent avoir dû jouer le rôle d’interprètes ; cependant un nombre croissant de spécialistes estiment probable qu’il l’utilisait au moins occasionnellement.

La Galilée

Province romaine de Judée au ier siècle.

À la différence de la Judée, qui, avec la Samarie et l’Idumée, constitue une région de rang quasiment provincial, la Galilée n’est pas directement administrée par les Romains mais fait partie des possessions de l’ethnarqueHérode Antipas, dont le long règne de quarante-trois ans, qui s’achève en 39, recouvre presque toute la vie de Jésus. Le territoire bénéficie donc d’une relative autonomie, tant que le tribut est payé aux autorités romaines. Les ressources d’une agriculture florissante y sont complétées par des activités de pêche dans le lac de Tibériade, également appelé « mer de Galilée » ou encore « mer de Génésareth », dont les abords constituent le cadre des prédications de Jésus. Ce territoire est entouré de populations non juives : à l’ouest, la Galilée est bordée par le littoral hellénisé, au nord par la Phénicie, à l’est par la Décapole qui s’étend partiellement jusqu’au sud avec la ville de Scythopolis, et la frontière méridionale de la Galilée jouxte l’inamicale Samarie, ce qui pousse les Galiléens à emprunter le mince couloir judaïsé que constitue la vallée du Jourdain pour se rendre en pèlerinage à Jérusalem.

Les Galiléens, réputés belliqueux, chauvins et courageux, y sont souvent moqués pour leur dialecte et leur accent, signe d’importantes différences culturelles avec les Judéens, qui se montrent méprisants à leur égard. Entraînés à la guerre depuis leur enfance, ils sont réputés pour leur bravoure et le nord montagneux et accidenté constitue un refuge idéal pour les fomentateurs de révoltes, à l’instar des zélotes ; la province est le théâtre de troubles pendant plus d’un siècle dès la seconde moitié du ier siècle av. J.-C.. Certains chercheurs font de la région un foyer du pharisianisme mais d’autres situent plutôt ce foyer à Jérusalem. Il est néanmoins vraisemblable qu’un prédicateur à la réputation messianique originaire de Galilée passe pour un personnage inquiétant à Jérusalem auprès de ceux qui sont soucieux de ménager les bonnes relations avec l’autorité romaine87.

Judaïsme de Palestine

La Palestine du ier siècle connait une grande effervescence politico-religieuse où se croisent plusieurs courants témoignant d’une « extraordinaire explosion de créativité réformatrice et purificatrice »94 dans une société en proie aux bouleversements politiques et sociaux : la région connait à l’époque de nombreuses révoltes religieuses à connotation prophétique voire messianique, que les autorités romaines perçoivent plutôt comme des phénomènes politiques ; elles n’hésitent d’ailleurs pas à parfois déployer les troupes avec une « insensibilité dévastatrice ». Néanmoins, la présence du pouvoir romain reste relativement discrète et ne se fait ressentir qu’au moment de la collecte des impôts, de la construction des routes ou à travers la présence de forces de l’ordre cantonnées au palais d’Hérode ou à la forteresse d’Antonia.

Le judaïsme « n’y est pas tant une religion (…) [qu]’un peuple dont la particularité s’exprime par des pratiques et des symboles » mais qui n’a pas d’uniformité dans son expression religieuse et présente diverses tentatives d’actualiser les lois mosaïques et de vivre la Torah. De leur côté, à cette époque, les samaritains constituent un groupe très distinct du judaïsme.

Formés probablement depuis l’époque de la Révolte des Maccabées vers le milieu du iie siècle av. J.-C., trois courants — ou « sectes » dominent la vie religieuse au début de notre ère, qui développent au-delà de leurs positions religieuses, des positions politiques : les sadducéens, dont les membres sont généralement issu de l’aristocratie sacerdotale, enclins aux compromis avec les puissances dirigeantes pour maintenir leur pouvoir ; les pharisiens, courant nationaliste non violent, piétiste, à connotation eschatologique, traversé par de profondes dissensions et dont les membres se recrutent au sein de la bourgeoisie, particulièrement dans les rangs des scribes ; enfin, les esséniens — que ne mentionnent pas les écrits néotestamentaires — une forme originale de judaïsme dont les membres vivent en communauté à l’écart de Jérusalem et du Temple, porteurs d’un radicalisme eschatologique vécu dans l’ascèse et la pureté rituelle.

En sus de ces trois groupes, un courant plus politique, messianique et d’un nationalisme « exaspéré », proche des pharisiens mais professant un interventionnisme actif contre l’occupation étrangère et n’admettant d’autre roi que Dieu est décrit par Flavius Josèphesous le nom de « zélotes » comme la « quatrième philosophie » du judaïsme.

À côté de ces courants, il existe également un parti appelé « hérodien » dans le Nouveau testament, composé d’élites — peut-être sadducéennes — partisanes de la politique d’hellénisation et de la coopération avec le pouvoir romain. D’une manière générale, il semble que le bas-clergé était plutôt opposé aux Romains à la différence du haut-clergé.

L’époque connait également l’émergence de courants messianiques et prophétiques, ainsi que, parmi ces derniers, des groupes baptistes, probablement assez répandus dans les couches populaires à l’écart des villes et dont le prédicateur le plus connu est Jean le Baptiste.

Vie publique

Baptême de Jésus
évangéliaire de l’abbesse Hitda von Meschede, vers 1050,
Hessische Landesbibliothek, Darmstadt.

La durée du ministère de Jésus n’est pas précisément évoquée dans le Nouveau Testament mais celui-ci explique qu’il a débuté alors que Jésus avait « environ trente ans ». Les traditions chrétiennes primitives se partagent à ce sujet généralement entre un ministère d’environ un an à environ trois ans, déduites du nombre de montées à Jérusalem pour la Pâque : une seule pour les synoptiques mais trois pour Jean 112. La recherche contemporaine s’accorde, avec des nuances, sur un ministère compris entre un et quatre ans, avec un consensus significatif envisageant une période de deux à trois ans.

Les lieux cités dans les évangiles situent son action de part et d’autre du lac de Tibériade, principalement en Galilée (dont il est ressortissant) et dans la Décapole, avec quelques passages en Phénicie (Tyr et Sidon) et en Trachonitide(Césarée de Philippe). Il semble qu’il soit à cette époque considéré comme un habitant de Capharnaüm. Il se rend également en Judée, généralement pour aller à Jérusalem à l’occasion de fêtes juives ; mais on peut noter un séjour plus prolongé en Judée au début de sa vie publique, alors qu’il était considéré comme un disciple de Jean le Baptiste.

Les pays à population juive de l’époque étaient la Galilée et la Judée, séparées par la Samarie dont les habitants étaient considérés comme non-juifs. Jésus est perçu comme un étranger en Judée : l’accent des Galiléens les fait reconnaître, et il y suscite une franche hostilité de la part des Judéens (parfois désignés par le terme « juifs »115 alors que les Galiléens sont également des pratiquants de la Loi de Moïse).

La chronologie de cette période de vie publique est extrêmement confuse : les évangiles synoptiques présentent les épisodes parallèles dans des ordres parfois différents, et ils n’ont pas la même chronologie que celui de Jean, ce qui interdit évidemment d’interpréter le déroulement de l’un ou l’autre des récits comme celui d’une logique purement temporelle. On considère néanmoins que c’est le baptême de Jésus par Jean le Baptiste qui marque l’ouverture de son activité publique.

Jean le Baptiste

Article détaillé : Jean le Baptiste.

Le Jourdain et ses rives, de nos jours.

Vers 30 ans, Jésus rejoint Jean le Baptiste, un prédicateur populaire des milieux baptistes qui dénonce la pratique formaliste des milieux sacerdotaux dont il est peut-être lui-même issu. Jean prêche en se déplaçant dans le désert de Judée, sur les bords du Jourdain, et le Nouveau Testament l’identifie à un « nouvel Élie ».

Jésus reçoit le baptême que Jean administre pour le pardon des péchés à ceux qui reçoivent son message favorablement, en une immersion dans l’eau vive qui prépare au règne messianique et à l’imminence du Jugement divin. Cette pratique diffère fondamentalement de celles des esséniens, tant dans son aspect rituel que dans la doctrine qui la sous-tend : celle-ci, que l’on peut définir comme une idéologie propre, « n’occupe aucune place dans les manuscrits de Qumrân ».

Il est possible que Jésus ait été transitoirement le disciple du Baptiste quand, au tout début de sa vie publique, on le voit simplement « annoncer le Royaume de Dieu » comme le faisait Jean. Mais il apparaît des divergences, voire des tensions, entre Jésus et Jean-Baptiste, quant à leurs conceptions respectives du règne de Dieu, même si c’est bien aux côtés de Jean que Jésus mûrit sa mission. Par ailleurs, la communauté chrétienne, qui envisage le Baptiste comme un précurseur, conserva le rite initiatique du baptême dans sa forme, mais non point son sens.

Jésus s’entoure de disciples dont la tradition veut qu’ils aient été douze, dont les premiers sont peut-être recrutés dans les milieux baptistes. On utilise également le nom d’« apôtres » pour les désigner. Ce groupe de « douze » disciples choisis par Jésus est sans doute une création relativement tardive, comme le montre l’existence d’apôtres extérieurs à ce noyau. On parle généralement à leur sujet de « Groupe des Douze » ; le nombre 12 est en effet essentiel pour comprendre le rôle de ces disciples constituant autour de Jésus un cercle restreint à la forte signification symbolique : il figure la reconstitution de l’Israël biblique. Si leurs noms varient de livre en livre, les disciples montrent pourtant une triple référence hébraïque, araméenne et grecque, au cœur de la vie des Galiléens. L’un de ces disciples, Simon dit Pierre ou Kepha, reçoit une importance plus particulière au sein du groupe tandis que Judas, auquel est attribuée la « trahison » de Jésus auprès des autorités, a une responsabilité attestée de « trésorier » de ce groupe.

Le thaumaturge et les miracles

Article détaillé : Miracles dans le Nouveau Testament.

Jésus-Christ soignant un sourd à Décapole, par Bartholomeus Breenbergh, 1635,
Louvre, Paris.

Jésus se fait connaître localement, dans un premier temps comme guérisseur thaumaturge. Dans l’exercice de cette activité, sur laquelle il fonde la légitimité de son enseignement et qui attirait les foules autour de lui, on peut noter des modes opératoires variés, en comparant par exemple la guérison en trois étapes de l’aveugle de Bethsaïde, et celle — à distance et d’une seule parole — de Bar Timée à Jéricho, ou bien celle qui s’effectue par une prière intense et le jeûne, dans le cas d’un démon particulièrement rétif.

Ces pratiques thérapeutiques, dont le fondement est d’ordre religieux puisque les maladies étaient alors perçues comme la sanction divine des péchés, étaient répandues dans le monde gréco-romain et parmi les rabbi juifs dont Jésus reproduit parfois des gestes thérapeutiques connus. La pratique de Jésus se distingue néanmoins par le nombre de miracles rapportés et dans le refus par leur auteur de se les voir attribués : Jésus se présente comme le « vecteur » de Dieu, en opérant dans le présent les guérisons espérées dans le cadre eschatologique juif. Outre les miracles thérapeutiques, Jésus pratique également des exorcismes, des prodiges, des sauvetages ou des miracles illustratifs de son interprétation de la Loi juive.

Les évangiles insistent souvent plus sur la confiance des bénéficiaires de miracles qu’ils ne s’attardent sur le détail des manipulations. Jésus présente les miracles comme une anticipation de l’accès au bonheur éternel auquel a droit chaque humain, y compris les plus pauvres. L’évangile selon Marc rapporte que c’est ce pouvoir d’opérer guérisons et prodiges qui aurait été transmis à ses disciples, plutôt que la capacité de communication avec la divinité.

Les textes révèlent à cet égard un comportement général de Jésus fait de bienveillance, tourné vers les gens, particulièrement ceux plongés dans une situation personnelle ou sociale méprisée et difficile : les femmes, plus particulièrement les veuves ; les malades, les lépreux, les étrangers, les pécheurs publics ou les collecteurs de l’impôt romains. Cette façon d’être, associée à une dénonciation de l’hypocrisie et de toute forme de mensonge, lui attirera inévitablement nombre d’admirateurs en provoquant simultanément de l’hostilité.

Son enseignement

Sur le plan de la morale, l’enseignement de Jésus est centré sur les notions d’amour du prochain et de pardon, que l’Homme doit observer pour se conformer aux commandements de Dieu. Cet enseignement est exprimé de manière synthétique dans les Béatitudes, et plus développé dans le Sermon sur la montagne d’où elles sont tirées. Ces principes sont déjà présents dans la religion juive, mais Jésus leur accorde un rôle central, et privilégie une interprétation spirituelle de la Loi mosaïque au détriment d’une interprétation littérale et formaliste qu’il dénonce.

Sermon sur la montagne, Carl Heinrich Bloch, 1877,
Museum of Natural History, Copenhague.

Le message de Jésus semble prolonger celui de Jean-Baptiste en s’inscrivant dans la fièvre apocalyptique du monde juif au ier siècle tandis que certains exégètes préfèrent voir Jésus comme un maître de sagesse populaire, la dimension apocalyptique relevant d’une lecture postérieure, sous l’éclairage de la foi chrétienne. Ce message, original et varié, entre néanmoins difficilement dans les catégories socioreligieuses préalablement établies. On peut cependant souligner plusieurs points de rupture avec Jean le Baptiste : Jésus n’est pas un ascète, il présente un Dieu de grâce, de jugement et de l’amour sans limite qui inverse l’exhortation de Jean à la conversion sur fond de colère divine. Enfin, Jésus est celui « par qui le jour vient » quand Jean « annonçait l’aube ».

C’est l’annonce du « Royaume de Dieu » qui constitue le cœur de sa prédication en des termes qui, s’ils reprennent l’attente des Juifs qui espèrent la venue d’un Messie qui restaurera l’indépendance d’Israël, déplacent cet espoir : le Royaume de Dieu selon Jésus inaugure le nouveau rapport avec Dieu qui se prépare à intervenir dans le monde pour le gouverner directement.

Sa doctrine paraît d’emblée sûre et originale. Son enseignement est essentiellement connu à travers les Évangiles, qui en font le récit, et les commentaires qui en seront faits dans le reste du Nouveau Testament. Son enseignement et son action montrent une très bonne connaissance des textes religieux et de la loi juive. La proximité, l’adhésion voire le rejet de Jésus vis-à-vis du pharisianisme sont d’ailleurs toujours l’objet de débats au sein de la recherche  .

Il utilise deux méthodes typiques des docteurs de la Loi, ses contemporains : le commentaire des textes canoniques et l’usage de meshalim ou « Paraboles » dont il fait le ressort privilégié de sa pédagogie. Par cet usage de la parabole, Jésus laisse souvent l’auditeur libre de ses réactions, en ne le prenant pas de front.

Mais il n’en pratique pas moins un enseignement d’autorité qui tranche avec les enseignements des scribes, qui se réclament toujours, quant à eux, de l’autorité d’une source. Jésus est néanmoins respectueux de la Loi de Moïse et, si la proximité de Jésus avec les pécheurs ou des épisodes comme son affirmation que les besoins de l’homme prévalent sur la prescription du sabbatv 25 ont pu choquer les pieux de son temps, « on ne peut pas dire que Jésus ait violé les lois de pureté chères aux pharisiens »149, au contraire de ses disciples qu’il ne condamne pourtant pas.

Son action suscite des réactions fortes et contrastées. On trouve à la fois des témoignages sur de grandes foules qui le suivent et le cherchent, montrant un indéniable succès populaire, et d’autres le montrant vivant dans une quasi-clandestinité au milieu de populations hostiles. En effet, Jésus a pu être l’un de ces révoltés si fréquents à son époque, un prophète juif charismatique dont le message eschatologique, sapiential ou de réforme sociale a eu une portée politique sur le monde ambiant dominé par les Romains et leurs collaborateurs judéens150.

Arrestation, procès et exécution

Bien que ce soit là le cœur de chacun des quatre Évangiles, il est assez difficile de mettre ceux-ci d’accord sur les récits de la « Passion », c’est-à-dire son procès et son exécution par crucifiement. Leur récit est bâti dans une optique d’« accomplissement des Écritures » plutôt que de reportage sur les événements. Pour les historiens, la reconstruction de ces événements est ainsi « périlleuse, tant les récits sont surchargés d’interprétations confessantes du fait de leur composition pour, et de leur utilisation dans la liturgie des premières communautés chrétiennes152 ». En effet, l’abondance des mentions géographiques ou topologiques présentes dans les récits de la Passion ont une visée liturgique, notamment dans le but d’accompagner une célébration ou un pèlerinage des premiers disciples sur les lieux du martyre.

Arrestation

Article détaillé : Arrestation de Jésus.

Jésus est arrêté alors qu’il séjournait à Jérusalem pour célébrer la fête de Pessa’h (la Pâque juive). Ce dernier séjour à Jérusalem se déroule dans une ambiance clandestine, où les disciples échangent des mots de passe et des signes de reconnaissance pour préparer le repas dans un endroit caché. Le contraste avec l’ambiance enthousiaste de l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem (célébrée le dimanche des Rameaux) est flagrant, ce qui suggère que ces deux montées à Jérusalem n’ont pas eu lieu la même année. Il est possible que cette clandestinité soit due à la crainte de l’intervention de la garnison romaine. En effet, la ville de Jérusalem compte à cette époque 30 000 habitants mais attire plus de 100 000 pèlerins au moment de la Pâque. Craignant les troubles provoqués par cet afflux, les autorités romaines auraient pu vouloir noyer dans l’œuf l’éventuelle agitation suscitée par l’arrivée de Jésus et de ses partisans Galiléens, réputés prompts à la bagarre, ainsi que de la radicalisation du groupe des hellénistes.

L’étude des évangiles ne permet pas une lecture très claire des causes et de l’historique de ce retournement d’opinion. On trouve la trace dans les évangiles de l’attente messianique d’une partie de la population, qui attendait un Messie politique, libérateur du joug des Romains. Cette attente se retrouve dans le qualificatif donné à Simon le zélote et à Judas l’Iscariote et dans l’activité de prédicateurs et révoltés juifs prétendant à la messianité à cette époque, tels Judas le Galiléen, Athrongès (en), Theudas ou Jean de Gischala. Jésus a pu décevoir cette attente en refusant l’action sur le terrain politique.

Néanmoins, si Jésus ne conteste pas radicalement le pouvoir romain, refusant de s’enfermer dans un cadre strictement « nationaliste »n 37, il ne manifeste pas davantage d’inclination envers les grandes familles sacerdotales proches de celui-ci158.

Le retournement d’opinion s’est d’abord manifesté en Judée puis dans son pays en Galilée. Il semble que le signal de la répression soit venu des milieux sacerdotaux conservateurs de Jérusalem, souvent assimilés aux sadducéens, inquiets de l’impact de son enseignement ouvert sur la Torah et des effets de l’enthousiasme populaire qu’il suscitait sur le fragile modus vivendi avec l’occupant romain. Il apparaît également vraisemblable que c’est le scandale que cet homme, décrit comme « doux » par les évangiles ultérieurs, provoque au Temple de Jérusalem un peu avant la Pâque de 30 dans l’épisode dit des « marchands du temple », qui a pu précipiter son arrestation.

Enfin, l’avant-veille de la fête juive de la Pessa’h, Jésus prend un dernier repas avec ses disciples dans une ambiance pascale, dans un épisode appelé traditionnellement la « Cène », au cours duquel il fait explicitement mention de sa mort prochaine qu’il lie au renouvellement définitif de l’Alliance. Les chrétiens de toutes tendances considèrent qu’il institue ainsi le sacrement de l’« Eucharistie ». À la suite de cet ultime repas, Jésus est arrêté au jardin de Gethsémani, par la dénonciation de son disciple Judas, sans que le motif soit vraiment clair.

Jésus se trouve alors confronté aux trois pouvoirs superposés de la Palestine : le pouvoir romain, le pouvoir du tétrarque de Galilée et Pérée et le pouvoir des grands-prêtres du temple-État de Jérusalem.

Procès, exécution et ensevelissement

Le Christ sur le chemin du Calvaire, Maestro di Trognano, fin du xve siècle, Castello Sforzesco, Milan.

Articles détaillés : Passion du Christ, Procès de Jésus, Crucifixion et Tombeau de Jésus.

Les modalités du procès de Jésus sont déconcertantes si l’on se réfère à ce que l’on connait du droit de l’époque : aucune reconstitution des faits ou des procédures connues ne résiste à l’examen à partir des évangiles, qui exposent un double procès, donc une double motivation, religieuse chez les Juifs, politique chez les Romains. La question de ce procès, toujours ouverte, est d’autant plus difficile qu’elle a été obscurcie, par le temps et l’antisémitismeentre autres, de multiples enjeux politiques et religieux.

La narration des évangiles est difficile à suivre dans des compositions qui semblent avoir été écrites à l’intention des Romains, même si certains détails dénotent de traditions locales. Jésus est arrêté la nuit par la police du Temple, aux ordres des autorités religieuses espérant peut-être liquider le cas du Nazaréen avant la Pâque. Il est tout d’abord conduit chez l’ex-grand prêtre Anân, puis, à l’aube, devant une cour de justice, que les évangiles appellent Sanhédrin, devant le « souverain sacrificateur » Caïphe, avant de comparaître devant le préfet romain Ponce Pilate, qui l’envoie, lui, chez Hérode Antipas avant de l’interroger à son tour. Cela donne lieu à des confrontations où Jésus soit se tait, soit paraît souligner le caractère relatif du pouvoir de ses interlocuteurs par sa liberté de parole180 dans des scènes très chargées symboliquement.

La Crucifixion, Évangiles de Rabula, 586, Bibliothèque Médicéo-Laurentine.

Au terme d’une procédure judiciaire romaine — habituelle en province — de « cognitio extra ordinem » Jésus est finalement condamné par Ponce Pilate — probablement embarrassé et dont les évangiles atténuent la responsabilité probablement dans une optique missionnaire, réinterprétant complètement la personnalité d’un procureur « craintif donc cruel »à subir le supplice romain du crucifiement, au motif politique de rébellion. Après avoir été flagellé, il est tourné en dérision et stigmatisé dans les quartiers des soldats romains, revêtu d’une chlamydequi évoque la pourpre royale, coiffé d’une couronne tressée d’épines et muni d’un roseau évoquant le sceptre dans une mise en scène visant à moquer le « Roi des juifs ». Son exécution a lieu un vendredi, veille du Chabbat, sur une croix surmontée d’un titulus dérisoire portant l’inscription « Jésus le Nazôréen, Roi des Juifs », qui instruit sur le motif de la condamnation pour le droit romain. Après y avoir transporté sa croix, il est crucifié au lieu-dit « Golgotha », à l’extérieur de Jérusalem, avec deux « brigands », sans que l’on sache s’il s’agit de voleurs ou de séditieux, en présence de quelques femmes — mais en l’absence de ses disciples.

Jésus meurt vraisemblablement dans l’après-midi du jour de la « parascève » jour de la préparation de la fête de Pessa’h — le 14 Nissan, ce qui correspond, compte tenu du calendrier hébreu usuel, pour la majorité des chercheurs qui se basent sur la chronologie johannique plus fiable, au vendredi 7 avril 30 ou au vendredi 3 avril 33. Cependant d’autres dates sont proposées, aucune n’étant pleinement satisfaisante, les traditions johannique et synoptiques (selon ces dernières, la mort du Messie se situerait le 27 avril 31) étant sur ce point inconciliables. En tout cas, sa mort a eu lieu durant les fêtes de la Pessah, pendant que Pilate est préfet de Judée, donc après 26 et avant 37. Il est enseveli avant la levée de la première étoile, suivant la prescription de la loi judéenne.

Résurrection

Articles détaillés : Résurrection de Jésus et Résurrection (christianisme).

Anastasis, représentation symbolique de la Résurrection,
sarcophage romain, vers 350, Musée du Vatican.

La mort de Jésus est suivie d’un épisode qui relève de la seule foi mais qui n’en appartient pas moins à l’histoire des religions par les effets incalculables qu’il a produits : l’épisode de la Résurrection.

Il faut considérer l’annonce de la résurrection de Jésus comme l’élément majeur de la fondation de ce qui va devenir une nouvelle religion. Cet épisode fondamental n’est décrit dans aucun évangile canonique. À travers quelques scènes qui présentent une forte diversité selon les évangiles, les textes présentent l’après-coup : l’étonnement des femmes qui découvrent le tombeau vide, puis l’apparition du « Ressuscité » parfois en Galilée, parfois dans les environs de Jérusalem ou encore ici et là, envoyant tantôt en mission, tantôt accordant l’« Esprit » aux disciples ou encore partageant leur repas. Les récits de découverte du tombeau et d’apparitions « sont trop légendaires et trop divergents pour permettre la moindre reconstitution des faits ».

On peut constater trois constantes des récits canoniques : la résurrection est inattendue bien qu’elle ait été prophétisée par Jésus plusieurs fois et que des parallèles aient été établis avec l’Ancien Testament pour l’annoncer elle n’est pas décrite en tant que telle, et elle n’est accessible qu’aux seuls croyants. L’événement ne nie toutefois pas la mort car Jésus ne ressuscite que le troisième jour après sa crucifixion ; il s’agit davantage du passage à une vie qui ne finit pas, qui se place dans l’éternité et sur laquelle le temps n’a pas de prise. L’événement, dans un récit qui ne connaît pas de terme « résurrection », est raconté dans un langage forgé par la foi juive dans l’apocalyptique de laquelle il ne répond pas à une angoisse de la survie des corps : le tombeau ouvert répond à la promesse de Dieu de « relever les morts » à la fin des temps qui se concrétise déjà pour Jésus.

Le seul récit de la résurrection qui nous soit parvenu figure dans l’évangile de Pierre, un document assez semblable aux synoptiques, qui mentionne précisément l’épisode dont les témoins sont les gardes en faction à l’entrée du tombeau : deux êtres angéliques pénètrent dans le tombeau avant d’en ressortir soutenant le Seigneur encore chancelant mais agrandi par la Résurrection. Les sentinelles s’encourent pour prévenir Pilate tandis que les femmes découvrant le tombeau vide sont informées de la résurrection par un jeune homme.

Armille
avec la Résurrection. Émail champlevé sur cuivre doré, région rhéno-mosane, vers 1170-1180, Musée du Louvre.

Héritage et postérité

Christ Pantocrator. Icône de l’église de la transfiguration, xviiie siècle,
église de la Transfiguration, Kizhi.

Histoire des religions

Articles détaillés : paléochristianisme et histoire du christianisme.

Sur le plan de la religion, Jésus n’a jamais cherché à se séparer du judaïsme, et ses disciples ont dans un premier temps été considérés comme une secte juive parmi d’autres. La séparation du christianisme d’avec le judaïsme est progressive et peut être lue en partie comme une conséquence de la crise d’identité qui traverse le judaïsme aux ier et iie siècles, qui se traduit entre autres par les révoltes contre Rome auxquelles ne prennent pas part la « secte des nazaréens », et qui entraine la disparition de la plupart des courants du judaïsme à la suite de la destruction du Temple en 70. La diversité des pratiques juives se réduisant au seul néo-pharisianisme, c’est alors qu’être juif devient « vivre en conformité avec l’enseignement des sages pharisiens », ce qui devient incompatible avec l’observance des interprétations de l’enseignement de Jésus, à l’instar de celle d’Ignace d’Antioche.

Ainsi, les débats qui agitent les partisans de Jésus pendant plusieurs décennies après sa mort, notamment afin de savoir dans quelle mesure ils doivent suivre la Loi ou imposer la circoncision, apportent des réponses qui vont progressivement devenir normatives dans les générations qui suivent, au point de faire apparaitre dans le monde antique, entre les juifs et les grecs, une « troisième race » que vont devenir les chrétiens.

Selon l’école traditionnelle et même dans l’apologétique récente, la séparation d’avec le judaïsme serait esquissée dès les premières dissensions apparues au cours d’une réunion décrite dans les Actes des Apôtres, qui sera nommée rétrospectivement le « premier concile de Jérusalem », réunion qui admet l’adhésion des non-juifs sans les circoncire, et écarte de fait l’application littérale des lois mosaïques au moins pour les prosélytes (voir Christianisme ancien). L’histoire de la séparation se réunit autour de deux pôles selon que l’historiographie est issue de l’une ou l’autre école : l’école européenne considère qu’elle est chose faite avec la Birkat haMinim qui serait écrite en 135 ; l’école anglo-saxonne remarque que bien des cérémonies sont encore communes dans certaines régions (surtout en Orient, mais parfois en Occident) jusqu’au ve siècle, c’est-à-dire quand la période des conciles christologiques est engagée.

Le christianisme connaitra une croissance importante dans ses multiples branches, jusqu’à en faire la religion la plus importante en nombre de fidèles dans le monde au xxie siècle.

Sources de la vie de Jésus

Articles détaillés : Quête du Jésus historique, Jésus selon l’exégèse contemporaine, Sources sur la vie de Jésus de Nazareth et Thèse mythiste.

Les sources de la vie de Jésus ont longtemps reposé essentiellement sur des documents littéraires produits par le christianisme lui-même. Esquisser l’histoire de Jésus s’est ainsi longtemps fait suivant le canevas proposé par les textes canoniques du Nouveau Testament, par la Tradition et par certains passages apocryphes qui ont noué la trame de la traditionnelle « histoire sainte », laquelle sera la norme pendant des siècles, amplement et spectaculairement relayée et magnifiée par l’iconographie chrétienne. Or les auteurs des Évangiles canoniques n’avaient pas pour objet de livrer une documentation de caractère historique à la postérité mais bien un témoignage de foi.

La nécessité d’une approche historique et rationnelle de Jésus est apparue au xviiie siècle avec Hermann Samuel Reimarus qui voulait « arracher Jésus au dogme chrétien » pour « retrouver le Juif de Palestine » et « le restituer à l’histoire ». Au xixe siècle, il y eut de nombreux auteurs pour écrire une « vie de Jésus » à visée de reconstitution historique, comme celle, célèbre, d’Ernest Renan en France où l’imagination suppléait souvent au silence des sources.

Certains mythologues ont pensé résoudre les difficultés rencontrées par l’historien en expliquant les Évangiles comme un mythe solaire ou un drame sacré purement symbolique dans une démarche qui ne résiste désormais plus à l’analyse. Si l’existence de Jésus n’est plus guère discutée que par quelques auteurs en dehors du milieu académique spécialiste, la nature de cette existence reste, quant à elle, bel et bien débattue sous différents aspects.

Les textes constituent évidemment des sources d’étude valables à condition de les soumettre à la critique. L’étude des premiers temps du christianisme, l’exégèse de la Bible et des autres textes comme les apocryphes, constituent aujourd’hui une discipline à laquelle contribuent en commun des chercheurs et des universitaires, religieux et laïcs, quelles que soient leurs convictions et leur appartenance religieuse. La plupart des publications actuelles traitant de la naissance du christianisme pointent, outre une meilleure interdisciplinarité, l’important enrichissement de la documentation que les découvertes archéologiques et les nouvelles sources documentaires ont permis depuis le milieu du xxe siècle, particulièrement depuis les années 1990.

Sources chrétiennes

Article détaillé : Sources sur la vie de Jésus de Nazareth.

Les sources canoniques

Papyrus 37,
extrait de l’évangile selon Matthieu, vers 250, University of Michigan.

Le Nouveau Testament dans son entier est la source la plus complète dont on dispose concernant la vie et l’enseignement de Jésus.

Les Évangiles selon Matthieu, Marc et Luc, qui racontent l’histoire de Jésus d’un point de vue relativement semblable, sont dits « synoptiques ». L’évangile selon Jean relève lui d’une autre christologie, appelée « johannique ». Le premier des évangiles à avoir été rédigé semble être celui selon Marc. Les parties communes à Matthieu et à Luc dépendent peut-être, selon certains chercheurs, d’un document plus ancien, mais perdu, appelé « source Q ». Dans leur état actuel, les évangiles datent vraisemblablement d’entre 65 et 110. Ils sont le fruit d’un long processus de recueil de paroles et leur agencement est organisé à la manière d’une « Vie » (une Vita) à l’antique, qui n’est pas une biographie.

Les Actes des Apôtres, vraisemblablement rédigés par Luc autour de l’année 80, retracent les débuts des premières « communautés chrétiennes » à partir de la Pentecôte qui, dans selon Luc, peuvent préfigurer l’« Église universelle »219. Ils racontent le début de la diffusion de ce qui est alors « obscur courant du judaïsme », dans certaines parties de l’Empire romain, dans une vision centrifuge à contre-courant de l’eschatologie juive centrée sur Jérusalem.

Les Épîtres de Paul, où se trouve le passage qui constitue la mention la plus ancienne du christianisme concernant la mort et la résurrection de Jésus, sept autres Épîtres, dites « catholiques » — c’est-à-dire, alors, adressées à toutes les communautés chrétiennes — et l’Apocalypse forment un corpus qui témoigne de la réflexion des premiers disciples sur Jésus. Leur rédaction prend place entre 50 et 65 mais elles ne fournissent que peu de renseignements sur la vie de Jésus.

Autres sources chrétiennes

Papyrus Egerton 2
un évangile apocryphe à l’auteur inconnu, entre 100 et 150, British Museum, Londres.

Les agrapha, mot signifiant « choses non écrites », sont des paroles de Jésus qui ne se trouvent pas dans les textes canoniques. Certaines d’entre elles pourraient être authentiques. Elles proviennent de variantes des Évangiles, des papyri d’Oxyrhynque, des textes apocryphes du Nouveau Testament comme l’Évangile selon Thomas, dont les fouilles de Nag Hammadi ont mis au jour une traduction complète en copte et dont l’attribution à l’apôtre Thomas est rejetée par les chercheurs. Le Papyrus Egerton 2 publié pour la première fois en 1935, composé de 4 fragments, retranscrit des faits et des paroles à rapprocher de l’Évangile selon Jean.

Les apocryphes (du grec απόκρυφος / apókryphos, « caché ») sont très divers dans leur style et leur contenu : récits de l’enfance (Protévangile de Jacques), recueil de logia (Évangile selon Thomas), descente aux Enfers (Actes de Pilate), harangues, récits de miracles, etc. La critique textuelle laisse cependant apparaître une fiabilité documentaire nettement supérieure des textes du Nouveau Testament

Les écrits des Pères apostoliques (Didachè, Épître de Clément de Rome, les Lettres d’Ignace d’Antioche, Lettres de Polycarpe de Smyrne, Lettre de Barnabé, Lettre à Diognète, Fragments de Papias d’Hiérapolis, Le Pasteur d’Hermas) dont les auteurs, bien que vivant à la fin du ier siècle, n’ont pas de liens directs avec la génération apostolique. Il arrive à d’autres Pères de l’Église comme Eusèbe de Césarée ou Jérôme de Stridon de citer des fragments d’évangiles apocryphes, en général pour en contester la valeur (Évangiles des Hébreux, des Ébionnites, des Égyptiens, des Nazôréens…).

Sources non chrétiennes

Chez les auteurs juifs

Flavius Josèphe
Article détaillé : Testimonium flavianum.

Il n’existe aucun acte officiel des autorités romaines se rapportant à Jésus. Le premier chroniqueur qui évoque Jésus vers 94 est Flavius Josèphe, romain d’origine juive né en 39. Son témoignage mentionne, dans ses Antiquités judaïques, Jésus à deux reprises. Il est évoqué au sujet de la lapidation de Jacques de Jérusalem, décrit comme « le frère de Jésus appelé Christ ». Un passage beaucoup plus développé consacré à Jésus lui-même, connu sous son nom latin de Testimonium flavianum, le décrit comme « un homme exceptionnel, [qui] accomplissait des choses prodigieuses […] et se gagna beaucoup de monde parmi les juifs… », puis mentionne la résurrection, l’admiration et la foi de ses disciples évoquant une lignée de « chrétiens » qui se perpétue à l’époque de Josèphe. L’authenticité de ce passage fait encore l’objet de débat, la plupart des commentateurs envisagent aujourd’hui que ce passage, en son état actuel, a été retouché par des mains chrétiennes, ce qui n’exclut pas que Josèphe ait rédigé une notice sur Jésus, peut-être moins enthousiaste.

Le patriarche de Constantinople Photios, grand érudit du ixe siècle, signale avec étonnement qu’il ne figure aucune mention de Jésus dans l’Histoire des juifs, texte du ier siècle aujourd’hui disparu de Juste de Tibériade, un historien juif rival de Flavius Josèphe qui le critique sévèrement dans son Autobiographie.

Le Talmud

Une vingtaine d’allusions possibles à Jésus existent dans le Talmud mais toujours de manière anecdotique et parfois sous un autre nom et ne sont pas antérieures au iiie siècle227. Il y est fait référence à un certain Yeshu qui aurait conduit le peuple sur de mauvaises voies et fut condamné à mort pour sorcellerie puis pendu la veille de Pâques à Lod. Sa secte aurait survécu à sa mort plusieurs décennies voire plusieurs siècles selon le Talmud.

Depuis le Moyen Âge, on rencontre un Yeshu ou Yeshu Hanotsri (« le Nazaréen ») dans les Toledot Yeshu, écrites entre le ive et le vie siècle et qui reflètent la version juive des évènements décrits dans les Évangiles. Les historiens pensent généralement qu’il s’agit d’une parodie d’un Évangile perdu, bien qu’il semble au moins partiellement venir de sources juives antiques concernant Yeshu.

Dans le Talmud on rencontre un Yeshu et le personnage a été souvent identifié comme identique à Jésus. Cependant, dans le Talmud, Yeshu se rapporte apparemment à plusieurs personnes vivant à des époques différentes (notamment un siècle avant et un siècle après Jésus) et des indices peuvent laisser penser que le Yeshu du Talmud et le Jésus des Évangiles n’ont pas de rapport entre eux. En revanche, Joseph Klausner trouve fiable le rapprochement du Yeshu du Talmud avec le personnage de Jésus.

Le texte le plus intéressant se trouve dans le Talmud de Babylone et rapporte une tradition de la « pendaison » de Yeshu (ou Yeshu Hanotsri dans les éditions plus tardives) la veille de la Pâque dans un cadre strictement juif ainsi qu’il lui attribue cinq disciples : Mattai, Naqi, Netser, Boni et Todah.

Il est à noter que selon les Toledot Yeshu ainsi que selon le principal narratif concernant Yeshu dans le Talmud, ce dernier vivait un siècle avant l’ère chrétienne. Pour de nombreux commentateurs juifs traditionnels comme Rabbenou Tam, Nahmanide, ou plus récemment Adin Steinsaltz, c’est ce Yeshu qui fut le personnage historique sur lequel fut ensuite construite la figure de Jésus.

Il est souvent fait allusion à Ben Stada, comme étant issu de l’union adultère de Myriam et d’un soldat romain appelé Pandera (à rapprocher du propos Celse dans son Discours véritable, rapporté par Origène). Le texte de Tossafot sur Shabbat 104, datant du Moyen Âge, écarte cette légende : « Ce Ben Stada n’était pas Jésus de Nazareth, car nous disons ici que Ben Stada vivait à l’époque de Paphos ben Yehudah, lui-même vivant du temps de Rabbi Akiva » soit un siècle plus tard.

Textes païens grecs et latins

Dans une lettre à l’empereur Trajan en 111 ou 112, Pline le Jeune explique les résultats d’une enquête qu’il a menée sur des chrétiens de Bithynie à la suite d’accusations parvenues jusqu’à lui, et explique qu’il ne trouve pas grand-chose à leur reprocher236. Pline ne parle cependant pas de Jésus de Nazareth et ne mentionne le « Christ » que pour expliquer que ses adeptes de Bithynie se réunissent pour lui chanter des hymnes « comme à un dieu »237.

Vers 116, dans ses Annales, l’historien romain Tacite relate comment l’empereur Néron, accusé d’avoir causé l’incendie qui ravage Rome en 64, s’ingénie à trouver des incendiaires, accuse ceux que « la foule » romaine appelle chrétiens (christiani), sectateurs de « Christ, qui, sous Tibère, fut livré au supplice par le procurateur Ponce Pilate », et en fait supplicier bon nombre.

Les Vies des douze Césars de Suétone, écrites vers 120, comptent quelques mentions des activités des chrétiens et mentionnent, dans la Vie de Claude un Chrestos — dont il est généralement admis qu’il désigne Jésus-Christ — qui, selon Suétone, incomplètement informé, aurait été présent à Rome lors des troubles de 49-50 au sein de la communauté juive de Rome, à l’encontre de laquelle Claude promulgue un édit d’expulsion.

Une lettre d’un stoïcien nommé Mara bar Sérapion, adressée en syriaque à son fils, parle d’un « sage roi » exécuté par les siens — les Juifs — à l’instar de Socrate et Pythagore, dans ce qui est accepté comme une allusion à Jésus de Nazareth. Si la recherche s’accorde pour le dater d’après 73, la datation du document est fort débattue, pouvant aller jusqu’à l’aube du ve siècle, avec une majorité de chercheurs inclinant pour une rédaction au cours du iie siècle. Le document renseigne, en tout état de cause, davantage sur le christianisme que sur Jésus tandis que son implication des Juifs est, au mieux, douteuse et elle s’inscrit dans une démonstration plus générale.

L’écrivain satirique Lucien de Samosate, dans la deuxième partie du iie siècle, fait une allusion au supplice de Jésus, sans le nommer, dans La Mort de Pérégrinos.

Jésus dans les religions et cultures non chrétiennes

Jésus dans le judaïsme

Article détaillé : Point de vue du judaïsme sur Jésus de Nazareth.

À la suite des guerres judéo-romaines et des autres catastrophes des ier et iie siècles, le judaïsme voit la disparition de presque tous ses courants, à l’exception du judaïsme rabbinique, proche du pharisianisme sans en reprendre l’apocalyptique, fondé sur le respect exclusif à la Loi. Le processus prendra plusieurs décennies, qui fixera les Écritures hébraïques — qui seront reprises des siècles plus tard par les protestants — et les prières synagogales dont une qui contient la condamnation des sectaires, les « minims », dont les « nazôréens ».

Si le christianisme des premiers temps a pu passer pour un nouveau courant acceptable du judaïsme, il s’est rapidement posé le problème de l’adhésion de plein droit de membres païens sans en faire d’abord des Juifs. La question se pose au moment de la création de la Torah rituelle, celle des 613 commandements, et, en ce qui concerne les membres non juifs, le problème prend plus de poids quant aux aspects de règle de pureté rituellen 44 et les moyens de « réconciliation ». La messianité, bien qu’elle ait joué un certain rôle lors de la condamnation de Jésus, n’est pas alors déterminante de l’autodétermination juive de cette époque puisque certains courants du judaïsme, tels les sadducéens, allaient jusqu’à renoncer à cette attente.

Le judaïsme, la religion de Jésus lui-même, n’a pas désormais de point de vue spécifique ou particulier sur le Jésus et très peu de textes dans le judaïsme se réfèrent directement ou parlent de Jésus. En effet, un des principes les plus importants de la foi juive, est la croyance en un Dieu et seulement un Dieu, sans aucun intermédiaire. La Trinité chrétienne y est comprise comme une croyance en Jésus en tant que Divinité, partie de Divinité ou fils de Dieu, qui est de ce fait incompatible avec le judaïsme et en rupture avec l’hébraïsme qui le précédait. « Pour un Juif, toutefois, n’importe quelle forme de shituf (croyance en d’autres dieux en plus du Dieu d’Israël) équivaut à une idolâtrie dans le plein sens du terme. Il n’est pas possible pour un Juif d’accepter Jésus comme une divinité, un médiateur ou un sauveur (messie), ou même comme un prophète, sans trahir le judaïsme »254. « Les Juifs ont rejeté les revendications que Jésus répond aux prophéties messianiques de la Bible hébraïque, ainsi que les revendications dogmatiques le concernant émises par les pères de l’Église, c’est-à-dire qu’il est né d’une vierge, qu’il est le fils de Dieu, qu’il fait partie d’une Trinité divine et qu’il a ressuscité après sa mort. Pendant deux mille ans, un vœu central du christianisme a été d’être un objet de désir de la part des Juifs, dont la conversion aurait montré leur acceptation du fait que Jésus remplit leur propre prophétie biblique ».

Pour cette raison, les questions apparentées, telles que l’existence historique de Jésus et les autres sujets concernant sa vie sont de même considérés comme hors de propos dans le judaïsme.

L’eschatologie juive considère que la venue du Messie sera associée avec une série d’évènements spécifiques qui ne se sont pas encore produits, y compris le retour des Juifs en Terre d’Israël, la reconstruction du Temple, une ère de paix.

Jésus dans l’islam

Miniature persane représentant Jésus lors du Sermon sur la montagne.

Article détaillé : Îsâ.

Le Coran parle de Jésus sous le nom d’`Îsâ, personnage indissociable dans les textes coraniques de sa mère Maryam (« Marie »). Il est ainsi souvent désigné sous le nom de al-Masïh `Îsâ ibn Maryam présenté avec celle-ci comme modèles à suivre257.

Jésus fait partie des prophètes dits de la « famille de ‘Îmran » avec sa mère, son cousin Yahyâ (Jean le Baptiste) et le père de celui-ci Zacharie. La foi populaire musulmane accorde une grande importance à Jésus et Marie tandis que Jésus, tourné vers la beauté du monde, apparait par ailleurs souvent avec son cousin Jean, ascète radical, avec lequel il forme une façon de « gémellité spirituelle permanente ».

L’insistance marquée sur la filiation à Marie est un clair rejet de la filiation divine de Jésus ; néanmoins, la tradition musulmane souligne le caractère miraculeux de sa naissance virginale sans père connu, Joseph – absent du texte coranique – étant considéré par la tradition comme un cousin de Marie. Dans le Coran, Jésus est en effet créé par le kun etv , l’« impératif divin », et conçu par un rûh de Dieu, souffle divin intemporel envoyé à Marie, le même souffle qui anime Adam et transmet la révélation à Mahomet.

Le Coran partage avec les apocryphes chrétiens de nombreuses scènes de vie de Marie et d’enfance de Jésus : offrande de Marie, vie de Marie au Temple, prise en charge de Marie, nativité sous un palmier, Jésus parle au berceau, il anime des oiseaux en argile.

Dans le Coran, Jésus apparait comme un prophète, annonciateur de Mahomet, qui prêche le monothéisme pur, accomplit des miracles, opère des guérisons, ressuscite les morts et connait les secrets du cœur. Jésus confirme la Torah, dont il atténue les prescriptions légales, tandis que son « Écriture », contenue dans l’Injil, est présentée comme « une guidance et une lumière » que les chrétiens auraient négligée. Ibn Arabi lui confère le titre de « sceau de la sainteté », « le plus grand témoin par le cœur », tandis que Mahomet est le « sceau des prophètes », « le plus grand témoin par la langue ». Sa prédication auprès des juifs aurait été un échec et il est suivi des seuls apôtres. Les juifs auraient alors voulu le punir en le crucifiant mais Dieu ne l’a pas permis et lui aurait alors substitué un sosie avant de le rappeler à lui. Néanmoins la fin terrestre de Jésus reste obscure, aucun passage ne signifiant clairement ce qu’il en est advenu.

La représentation de Jésus dans le Coran lui confère également une dimension eschatologique : son retour sur terre, en tant que musulman, est le signe de la fin du monde et du Jugement dernier tandis que beaucoup de hadiths le présentent comme le principal compagnon du Mahdi, Sauveur de la fin des temps.

En définitive, on trouve dans le Coran quatre négations catégoriques concernant Jésus, par crainte d’associationnisme (shirk)260 : il n’est ni Dieu, ni son fils, ni le troisième d’une triade pas plus qu’il n’a été crucifié car cela aurait été « indigne » d’un prophète de son « importance ».

Enfin, depuis le début du xxe siècle, une minorité musulmane syncrétiste résidant dans les montagnes du Pakistan, les Ahmadis, voue à Jésus un culte tout comme aux saints de l’islam autour d’un tombeau qu’elle dit être celui de Yuz Asaf identifié à Jésus. Le lieu de culte est situé à Srinagar. Ce courant développe une christologie particulière selon laquelle Jésus est un prophète de Dieu qui aurait été déposé de la croix en état de coma et non mort et, une fois soigné, serait venu finir sa vie au Pakistan jusqu’à 120 ans. Cette doctrine est celle de l’« évanouissement ».

Représentation artistique

Articles détaillés : Représentation de Jésus-Christ dans l’art chrétien et Art chrétien.

Sculpture en marbre paléochrétienne du « Bon Pasteur », vers 300, musées du Vatican.

Les auteurs des évangiles, issus d’un contexte judaïque généralement réticent à l’égard des images par peur d’idolâtrie, semblent considérer que les paroles de Jésus sont plus importantes que son apparence et ne donnent aucune description de celui-ci. Mieux, les seules allusions néotestamentaires énoncent l’impossibilité et le refus de donner des traits physiques au Jésus de l’Histoire : « transfiguré devant eux ; son visage resplendit comme le soleil » (Mt 17,2) ; Paul ne voit aussi qu’ « une grande lumière » (Ac 22, 6) lors de sa conversion ; et lors des christophanies, les intimes de Jésus ne reconnaissent pas ses traits dans le Ressuscité qui leur apparaît.

La littérature patristique se contente de jugements de valeur : Jésus sera ainsi décrit d’après Isaïe sans « grâce ni beauté » (Is 53,2), par Justin (Dial XIV,8 [archive]) et Irénée de Lyon, « petit, disgracié » selon Origène ; à l’inverse et selon le Psaume 44 le « plus beau » des hommes (saint Augustin, saint Jérome, Jean Chrysostome).

Si la quête du visage de Jésus trouva quelques satisfactions au travers des images achéiropoïètes ou de la lettre apocryphe de Publius Lentulus, la recherche actuelle la reprend selon les données statistiques et sociologiques pour dresser l’apparence supposée d’un juif galiléen du ier siècle : celui-ci mesure en moyenne 1,55m pour un poids de 49 kg, est plutôt trapu s’il est artisan (l’agonie rapide de Jésus suggère plutôt une constitution peu robuste), son visage basané porte la barbe selon les codes religieux. Paul critiquant le port des cheveux longs (1 Cor 11,14), certains jugent qu’on ne peut en affubler son maître . Le scientifique Richard Neave (en) a façonné en 2002 le portrait-type d’un homme “qui aurait pu rencontrer Jésus”, paru en janvier 2015 sous le titre spécieux et largement relayé par sensationnalisme : « le vrai visage de Jésus ». Mais celui-ci demeure « l’image manquante de l’histoire chrétienne », que l’art religieux s’emploiera à suppléer.

L’art chrétien ne va pas de soi et trouve ses origines dans l’art païen et polythéiste, en l’imaginaire duquel les peintres et sculpteurs antiques puisaient. Les pères de l’Église, pour leur part, contestaient l’art en tant que tel en des termes assez durs et se réclamaient de l’Ancien Testament qui condamne radicalement l’iconographiev 45. Clément d’Alexandrie liste néanmoins, vers 200, des éléments qui peuvent endosser une signification chrétienne sur les sceaux ou les bagues, tel le poisson, un symbole chrétien dont le terme grec (ἰχθύς / Ichthus) constituait un acronyme des noms de Jésus.

Si au début du ive siècle le concile d’Elvire interdit encore les images peintes sur les parois des églises, l’art chrétien a cependant déjà pris son essor, dans une visée qui n’est pas étrangère à l’apologétique.

L’évolution du rapport à la représentation du Christ se transforme dès le premier tiers du iie siècle et une iconographie christique apparaît progressivement dans les catacombes et sur les sarcophages. Les représentations en demeurent cependant rares au profit de figures de l’Ancien Testament, comme Moïse ou Jonas, et Jésus n’est représenté que dans un petit nombre de scènes : son baptême, des miracles ou guérisons, l’entrevue avec la Samaritaine… Son action de thaumaturge est souvent soulignée dans cette première vague iconographique qui le présente également parfois au milieu de ses disciples à l’instar des philosophes grecs.

Buste de Jésus. Peinture murale dans les catacombes de Commodilla, fin du ive siècle.

Ce Jésus des premières représentations est souvent beau, juvénile, voire séduisant — même si son visage est souvent « passe-partout », ne se différenciant guère de l’iconographie habituelle du panthéon gréco-romain — à contre-courant des descriptions des Pères de l’Église qui le présentent comme quelconque, voire laid ou pitoyable. Il est souvent représenté sous forme du « Bon Pasteur » dans une image qui procède d’un Hermès « criophore », à mettre en parallèle avec Orphée, un autre « bon pasteur », image qui va se multiplier sur les premiers sarcophages chrétiens et sur les voûtes des hypogées. Hermas décrit par exemple Jésus au iie siècle comme « un homme à l’air majestueux, en costume de pâtre, couvert d’une peau de chèvre blanche, une besace sur l’épaule et une houlette à la main ».

Le christianisme devenant progressivement la religion officielle de l’Empire à partir du ive siècle, l’iconographie va petit à petit se libérer du modèle gréco-romain, notamment influencée par les débats christologiques qui caractérisent cette période. C’est dans le dernier tiers du siècle que commence à apparaître la dimension divine — la « puissance cosmique » — du Christ dans les représentations jusqu’alors plutôt marquées par l’aspect protecteur et guérisseur du personnage.

Christ Pantocrator, vie siècle, monastère Sainte-Catherine du Sinaï, Égypte.

À cette époque, Jésus est encore généralement représenté comme un éphèbe glabre ou encore sous la forme d’un petit garçon qui correspond à une dénomination habituelle du Christ à l’époque (« pais », du grec παις, l’« enfant ») ; ce n’est qu’à partir de la fin du ive siècle qu’il est représenté plus âgé et barbu, sous l’inspiration du modèle du philosophe enseignant de l’Antiquité. Ces deux types distincts de représentations coexisteront pendant près de deux siècles encore.

À partir du ve siècle, c’est le caractère divin qui constituera la dimension principale des représentations, appuyant l’insistance du Credo de Nicée sur l’égalité du Père et du Fils et traduisant la structuration par la hiérarchisation et le dogme, dans une image de la « gloire de Dieu » qui dominera l’art chrétien jusqu’à l’art gothique. L’aspect humain perdurera cependant à travers les icônes, bien que la plupart aient été détruites lors de la crise iconoclaste, qui trouveront un prolongement dans l’art byzantin qui fera la synthèse entre les aspects humain — idéalisé en philosophe enseignant — et divin, légitimé depuis le concile de Nicée II en 787.

Les traditionnelles représentations de la Vierge à l’Enfant puisent quant à elles leurs origines dans les représentations de la déesse d’origine égyptienne Isis allaitant Harpocrate, l’Horus enfant.

Art occidental

L’Église catholique autorisant les représentations du Christ, celui-ci a été l’objet d’un nombre incalculable de figurations sous forme de portraits, de tableaux mettant en scène sa vie, de sculptures, de gravures, de vitraux, etc. Dans l’art occidental, le personnage de Jésus est certainement celui qui a fait l’objet du plus grand nombre de représentations. Une des figurations les plus courantes est celle du Christ en croix, au moment de sa Passion. Toutes ces représentations relèvent de la création artistique, aucune image contemporaine au Christ ne nous étant parvenue. Quelques images achéiropoiètes (« non faites de main d’homme ») — dans une christianisation de la tradition païenne des « images tombées du ciel » — prétendent représenter le « véritable » visage de Jésus. Malgré la diversité des artistes et des époques, elles ont toutes quelques traits communs. En fait, les représentations de Jésus obéissaient à des canons artistiques précis, basés sur la tradition et les plus anciennes représentations connues : Jésus est présenté comme un homme de race blanche, de taille moyenne, plutôt mince, au teint mat et aux cheveux bruns, longs ; il sera plus tardivement représenté avec une barbe.

Sa tête est souvent entourée d’un cercle lumineux ou doré, appelé auréole, attribut courant figurant la sainteté d’un personnage. Quand elle s’applique à Jésus, cette auréole est souvent marquée conventionnellement d’une croix (généralement rouge), qui permet de l’identifier sans ambiguïté.

L’expression des yeux est l’objet d’une attention particulière des artistes. De même, la position de ses mains a souvent une signification religieuse. L’Église catholique ayant exprimé le souhait que la vie de Jésus puisse être comprise par tous, il n’est pas rare de trouver en Afrique des figurations du Christ en homme de race noire, ou en Amérique du Sud des représentations de sa vie avec des vêtements locaux. Ce phénomène est ancien, puisque les artistes de la Renaissance représentaient déjà Jésus entouré de personnages habillés selon la mode de leur siècle (voir le groupe de personnes à droite sur le tableau de Fra Angelico, Descente de Croix).

Fra Angelico, Descente de Croix, vers 1440,
Museo di San Marco, Florence

Au Moyen Âge, les représentations visuelles avaient une fonction éducative : en mettant en scène la vie de Jésus-Christ, on diffusait la culture chrétienne à des personnes ne sachant généralement pas lire, et n’ayant de toute façon pas accès aux livres, y compris aux livres saints tels que la Bible. C’est ce qui est à l’origine de la crèche de Noël, tradition encore très active dans les milieux chrétiens. Certaines scènes sculptées sur les calvaires bretons, comme celui de la chapelle de Tronoën par exemple, sont de véritables résumés de la vie de Jésus. De même, toute église catholique est pourvue d’un chemin de croix (en latin Via Crucis) qui figure en 14 étapes, appelées « stations », les différents moments de la Passion du Christ, depuis sa condamnation jusqu’à sa mise au tombeau. Généralement réparties sur les pourtours de la nef, ces étapes sont représentées le plus souvent par des tableaux ou des petites sculptures ; pour les plus simples il s’agit seulement d’une croix accompagnée du numéro de la station. Jusqu’à récemment dans toutes les maisons catholiques, les pièces principales et les chambres étaient pourvues d’un christ en croix, généralement accroché sur le mur au-dessus du lit ou de l’accès à la pièce.

Art oriental

Les orthodoxes acceptent la représentation du Christ en deux dimensions. La représentation la plus courante est celle des icônes.

Au viiie siècle, sous la poussée des Arabes à l’Est et des Bulgares à l’Ouest, des mesures seront prises dans l’Empire romain d’Orient contre les images et les statues qui peuplent les églises dans le but d’unifier l’empire derrière le seul chrisme, déclenchant la crise iconoclaste qui durera plus d’un siècle281. Après la fin des guerres iconoclastes, le christianisme oriental donne lieu au développement d’un art spécifique, l’icône, basée sur une grammaire picturale très organisée. Ces images sont sacrées, l’esprit du ou des personnages représentés est censé « habiter » la représentation. L’iconographe — le peintre d’icône — se prépare à la fois par un apprentissage théologique et par une ascèse, le plus souvent le jeûne et la prière.

Les icônes sont anonymes jusqu’au xve siècle.

Articles détaillés : Andrei Roublev et Théophane le Grec.

Dans le théâtre

La « Passion du Christ » était un des sujets traditionnels des mystères médiévaux.

Romans

  • Nikos Kazantzakis, La Dernière Tentation du Christ (1954), trad. par Michel Saunier, Paris, Plon, 1959.
  • José Saramago, L’Évangile selon Jésus-Christ (1991), traduit par Geneviève Leibrich, Paris, Le Seuil, 1993, 376 p. (ISBN 978-2-02-018172-3)
  • Éric-Emmanuel Schmitt, L’Évangile selon Pilate, Paris, Albin Michel, 2000.

Au cinéma

Article détaillé : Liste de films où apparaît le personnage de Jésus.
  • 1916 : Intolérance (Intolerance) de David Wark Griffith.
  • 1953 : La Tunique (The Robe) de Henry Koster avec Richard Burton (un tribun Romain chargé de crucifier le Christ est profondément touché par lui et se convertit à la foi chrétienne. Il ramasse la sainte Tunique du Christ au pied de la croix et rejoint les apôtres pour évangéliser l’Empire romain).
  • 1959 : Ben Hur de William Wyler avec Charlton Heston (le film se déroule dans la Judée des années 19-30 apr. J.-C. et met en scène un juif, Juda Ben Hur, qui perd sa famille, ses biens et sa liberté à cause de l’occupant romain et décide de se venger ; il rencontre le Christ à plusieurs reprises et assiste à sa Crucifixion).
  • 1961 : Le Roi des rois (King of Kings) de Nicholas Ray avec Jeffrey Hunter, Robert Ryan.
  • 1964 : L’Évangile selon saint Matthieu (Il Vangelo secondo Matteo) de Pier Paolo Pasolini.
  • 1965 : La Plus Grande Histoire jamais contée de George Stevens.
  • 1973 : Jésus Christ Superstar, comédie musicale de Norman Jewison.
  • 1976 : Le Messie (Il Messia) de Roberto Rossellini.
  • 1977 : Jésus de Nazareth de Franco Zeffirelli, un feuilleton télévisé de 6 h 16 min réalisé sur demande du pape Paul VI.
  • 1979 : Jésus ou Le Film Jésus de Peter Sykes et John Krisch.
  • 1979 : Monty Python : La Vie de Brian de Terry Jones ; film comique inspiré de la vie de Jésus ; le personnage central, un Galiléen du ier siècle nommé Brian, est pris par erreur pour un Messie, et adoré comme tel par la foule ; le film se moque de la crédulité populaire, du “suivisme” des foules, et des superstitions religieuses.
  • 1988 : La Dernière Tentation du Christ de Martin Scorsese (une adaptation du roman éponyme de Nikos Katzantakis).
  • 1995 : Marie de Nazareth de Jean Delannoy (Un film qui raconte la vie de Jésus et de Marie).
  • 2004 : La Passion du Christ de Mel Gibson (les douze dernières heures de la vie du Christ).
  • 2006 : La Nativité de Catherine Hardwicke.
  • 2014 : Son of God de Christopher Spencer.

Dans son analyse de quelques œuvres de cette filmographie (celles de Pasolini, Scorsese, et M. Gibson), le cinéaste Paul Verhoeven (membre par ailleurs du Jesus Seminar) écrit : « Jamais personne n’a tourné de film réaliste sur la vie du Christ. Je veux par là que personne n’a jusqu’ici voulu le décrire comme un simple humain, considérer ses “miracles” – pour autant qu’ils aillent à l’encontre des lois de la nature – comme “impossibles” et par conséquent, les effacer ou les réinterpréter”. À l’exception du film des Monty Python, dit Verhoeven, “le cinéma s’est généralement contenté de paraphraser les Evangiles avec un surplus de sainteté »282.

Comédie musicale

  • 1971 : Jesus Christ Superstar, opéra-rock
  • 2017 : Jésus de Nazareth à Jérusalem

Reliques

Staurothèque byzantine du début du ixe siècle contenant des fragments de la « Vraie Croix »,
Metropolitan Museum of Art, New-York.

Articles détaillés : reliques attribuées à Jésus et invention de reliques.

Jésus de Nazareth qui, pour les chrétiens, est ressuscité avec son enveloppe charnelle, a pu néanmoins laisser des traces de sa vie matérielle qui peuvent être considérées comme des reliques par certains croyants, ce suivant des traditions plus anciennes : dès l’époque paléochrétienne, on montrait aux pèlerins qui faisaient le voyage de la Terre Sainte différentes reliques vétérotestamentaires comme la verge d’Aaron qui, d’après l’Épître aux Hébreux, était conservée dans l’arche de l’Alliance dans le saint des saints du Temple de Jérusalem.

Tombeau de Jésus selon le père Louis-Hugues Vincent (1912).

Le culte des reliques relatives à la vie et la Passion de Jésus a débuté vers 325, avec la tradition de l’excavation du tombeau enfoui de Jésus (kokh de type loculus ou arcosolium) sur l’ordre de l’empereur Constantin. La découverte légendaire de la « vraie Croix », que la tradition attribuera par la suite à l’impératrice Hélène, mère de Constantin, est probablement contemporaine de ces fouilles et un complexe d’édifices cultuels de dévotions est bientôt construit pour accueillir les pèlerins. Cette découverte semble avoir eu un grand retentissement et, dès les ve et vie siècles, les pèlerins les plus illustres affluent pour obtenir des fragments de l’objet que l’on retrouve dès cette époque en Occident. En 680, le pèlerin Arculfe atteste qu’il a vu à Jérusalem, dans l’Anastasis — première église de la Résurrection — exposée une série de reliques : le plat de la Cène, l’éponge et la lance qui a percé le flanc de Jésus lors de la Crucifixion, ainsi qu’un suaire ayant couvert le visage de Jésus au tombeau.

Le développement du culte des reliques qui s’ensuit à la période carolingienne — pour atteindre, à la suite des Croisades, son apogée au Moyen Âge — relève d’une « spiritualité du voir et du toucher » qui essaie d’entrer en contact avec la sainteté dont sont porteurs les « témoins » matériels de la vie de Jésus, témoins matériels qui tendent dès lors à se multiplier et se disséminer — après avoir été centralisés dans un premier temps à Constantinople — un peu partout à travers l’Europe. Devenues signe — voire enjeu — de pouvoir et de légitimité, elles vont rapidement faire l’objet, comme le montre Peter Brown, d’un intense commerce ; d’autres auteurs ont également montré l’essor de ce commerce selon un trajet Orient vers Occident à partir des Croisades.

Si les reliques se rapportant à Jésus sont littéralement innombrables, on peut cependant les classer en plusieurs catégories : au-delà des « ipsissima loca » — « lieux-même » qui ont pu voir évoluer Jésus — on peut relever les instruments de la Passion (notamment la couronne d’épines, l’éponge, la lance qui lui a percé le flanc, etc.), les reliques corporelles liées à la vie publique de Jésus (calice utilisé lors de la Cène) ou même à son enfance (sang, sandales, dents de lait…), et les linges funéraires et suaires. Il faut noter que beaucoup des reliques sont rejetées par les autorités religieuses et que les excès de leurs cultes ont par ailleurs souvent fait l’objet de débats et de contestations.

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